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on célèbre son retour par des agapes. Les frères et les sœurs, ceux qui vivent dans l’établissement et ceux qui demeurent dans la ville, s’assemblent ce jour-là dans l’église. Le pasteur, autrement dit le dominé, préside. Il siège en habit laïc sur un pauvre et vieux fauteuil recouvert d’un velours vert. Les frères et les sœurs sont assis sur des bancs de bois. Le missionnaire raconte naïvement ce qu’il a vu ; il rend compte de ses travaux et de ses humbles victoires. L’orgue joue un air solennel pour remercier Dieu. On boit quelques tasses de thé à l’union des frères. Les heures que j’ai passées à Zeist sont vraiment douces au milieu de la belle et tranquille nature qui rayonne sur cette vie de famille.

Utrecht est une ville éminemment religieuse ; la se conservent les débris d’anciennes sectes qui partout ailleurs se sont à peu près effacées et perdues. L’université a obéi à l’influence des lieux, en se faisant l’arche de la vieille foi protestante. Si maintenant on quitte l’académie d’Utrecht pour celle de Groningue, ce n’est pas seulement la physionomie de la ville et des mœurs qui va changer, c’est encore le drapeau des doctrines. Groningue est le centre de l’action hétérodoxe ou philosophique.


III

Groningue, autrefois ville anséatique, aujourd’hui capitale d’une province enrichie par l’agriculture, a de larges rues, de grandes places, des canaux qui portent des navires, une vieille église dont la tour rappelle, quoique de loin, la tour de la cathédrale d’Anvers. On admire beaucoup l’hôtel-de-ville, édifice considérable et élevé durant la domination française. Quelques maisons de Groningue se distinguent par une bizarrerie d’architecture qui a du moins le mérite d’attirer les yeux. Les murs sont revêtus d’un crépissage grisâtre et rugueux, avec des morceaux de verre incrustés dans le ciment. Quand le soleil tombe sur la façade, ces maisons s’illuminent d’un éclat chatoyant et singulier. Les peuples du nord sentent le besoin de décupler l’éclat d’une lumière avare par des moyens artificiels. Les habitans du midi se garderaient bien d’augmenter par cette réverbération fatigante l’intensité des rayons solaires ; ils construisent au contraire dans des rues étroites leurs habitations, qui s’ombragent les unes les autres, comme les arbres d’une forêt.

L’université de Groningue, que les cités voisines nomment avec quelque prétention une seconde Athènes, est un édifice neuf et imposant. Les différens cours se tiennent dans des salles qui portent leur destination écrite sur la porte d’entrée, auditorium mathematicum, auditorium juridicum, auditorium chimicum. Le cabinet d’anatomie et d’histoire naturelle est riche en pièces curieuses. J’ai surtout