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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/836

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L’AGRICULTURE
ET
LA PAIX


À voir les espérances qu’éveille de toutes parts la conclusion de la paix, on dirait que la France jouit pour la première fois, depuis longues années, de ce bien précieux. La lutte n’a duré que deux ans, mais il paraît que ce court espace de temps a suffi pour en faire sentir le poids. Nous n’avons vu aucun de ces immenses désastres que la guerre la plus heureuse peut entraîner. Rien n’a souffert en apparence : le luxe et les plaisirs de Paris n’ont reçu aucune atteinte ; au plus fort du combat, les arts de la paix ont déployé sous nos yeux toutes leurs merveilles. Il faut pourtant que le mal ait été profond sans être visible, puisqu’on se réjouit ainsi de le voir arrivé à son terme. Espérons que cette épreuve, quoique moins douloureuse que par le passé, suffira pour éloigner de nous, pendant quelque temps, le retour d’un semblable effort. La France avait, dit-on, besoin de se sentir puissante, et d’effacer par l’épée les traités de 1815. Ce résultat est maintenant atteint ; notre passion militaire doit être satisfaite. Si la plupart des malheurs qui accompagnent d’ordinaire ces jeux sanglans de la force et du hasard nous ont été épargnés, nous les avons redoutés un moment ; la guerre a fini à temps, mais avant de s’évanouir, elle nous a montré sa face menaçante. Apprenons par la à ne plus courir sans nécessité ces terribles chances ; sachons bien qu’il est peu de résultats conquis par la force qui ne puissent être à meilleur marché obtenus par la paix. Si cette conviction nous arrive, nous ne l’aurons pas payée trop cher. « Tout