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III aimait à chasser. La forêt a disparu ; mais elle a cédé la place à de charmantes promenades, qu’ombragent encore de vieux arbres. Là, au milieu d’un paysage varié, s’élève la maison des frères moraves. Il y a cent quatre ans que cette maison existe. Les frères travaillent en commun à des ouvrages d’industrie : ils ne sont point agriculteurs, du moins en Hollande. Les produits industriels sont vendus sur place, à prix fixe, dans des chambres qui servent de magasins, et où se trouvent aussi d’autres objets de commerce qui n’ont point été confectionnés dans les ateliers de la maison. Le salaire est égal ; seulement les hommes mariés reçoivent une rétribution plus forte que celle des célibataires. Ceux qui ne peuvent plus travailler, les infirmes, les vieillards, sont entretenus et soignés dans l’établissement. La société compte cinquante garçons, quatre-vingts filles et quatre-vingts ménages, qui vivent sous une discipline commune. Les sœurs moraves occupent à part une aile de bâtiment dans laquelle les étrangers sont difficilement admis. Ces sœurs se distinguent entre elles par la couleur du ruban qui sert à nouer leur bonnet ; les veuves le portent blanc, les filles rouges, les femmes mariées bleu. Il existe dans cette maison des ateliers où les femmes se livrent à des ouvrages d’aiguille. Les plus instruites tiennent et dirigent des classes où l’on reçoit des pensionnaires de tous les pays. J’y ai surtout remarqué des Anglaises et des Allemandes. Le prix de la pension est de 400 florins par an. Ces jeunes élèves se distinguent par la simplicité de leur vêtement et par la candeur de leurs manières. Un parfum agreste entre dans les vieilles salles avec un rayon de soleil et avec le chant des oiseaux. J’ai visité le cimetière. Cet enclos lui-même n’a rien de triste. Il y a des divisions pour les hommes et les femmes mariées, pour les filles, pour les enfans. Une pierre et une simple inscription marquent la place de chacun et de chacune. Cette pierre, couchée sur le sable, porte le nom du mort, et à la suite de ce nom un mot qui veut dire parti » Tous les frères moraves de la Hollande n’habitent point l’établissement de Zeist. Plusieurs exercent dans la ville d’Utrecht diverses industries, quelques-uns ont même élevé des fabriques pour leur propre compte ; mais ils conservent toujours un lien de solidarité avec la commune. Cette société n’a point de constitution écrite : elle s’appuie uniquement sur une base morale, et elle est plus étendue qu’on ne le croirait. On compte, dit-on, en Europe cent mille frères moraves, qui habitent surtout les Pays-Bas et l’Allemagne. Désespérant de faire des prosélytes parmi les autres sectes, ils cherchent à étendre leur doctrine toute chrétienne dans les pays lointains. Un tableau qu’on voit à Zeist représente des nègres et des peuples de l’Inde convertis par les frères moraves. Ils ont aussi des missionnaires à Surinam. Quand un de ces missionnaires revient en Europe et qu’il s’arrête à Zeist,