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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/820

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Lorenzo monta à son appartement et alla se coucher sans demander d’autres explications de l’accueil qu’on lui faisait. Il passa une nuit pénible, moins tourmenté de sa blessure, qui était pourtant douloureuse, que des tristes idées dont il ne pouvait se défendre.

Le lendemain, de très bonne heure, l’abbé Zamaria entra dans la chambre de Lorenzo, et lui dit aussitôt en l’embrassant avec effusion : — Te voilà donc, mon cher enfant ! Que je suis heureux de te revoir, bien que tu m’aies un peu négligé pendant les deux années que tu as passées à Padoue ! Ah çà ! tu es blessé, m’a-t-on dit.

— Oui, cher maître, répondit Lorenzo, ému de cette marque de véritable affection ; mais la blessure n’a rien de dangereux.

— Tant mieux ! je voudrais qu’il en fût de même de tous les autres maux que je prévois.

Après quelques instans de silence, l’abbé dit à Lorenzo en le regardant avec une expression de gravité qui contrastait avec l’aimable insouciance de son caractère : — Qu’est-il donc arrivé, que le sénateur Zeno soit si courroucé contre toi ? Sans doute quelque folie de jeune homme dont le bruit sera venu à ses oreilles. Je ne l’ai jamais vu aussi irrité, et cela m’étonne d’autant plus de sa part que nous sommes à la veille d’un grand événement qui comble tous ses vœux et répand la joie dans la maison. Tu sais que Beata se marie avec le chevalier Grimani ?

— C’est donc vrai ? répondit Lorenzo en se levant brusquement sur son séant… Et quand doit avoir lieu ce bel hymenée ?

— Aussitôt que la signora sera remise d’une légère indisposition qui la retient dans son appartement depuis une quinzaine de jours, répondit l’abbé sans remarquer l’extrême agitation du chevalier. Elle est sortie pour la première fois depuis trois semaines, et ne s’en est pas bien trouvée, à ce que m’a dit Teresa ce matin.

— Je suis heureux, répondit Lorenzo avec une froide ironie, d’être arrivé assez tôt pour joindre mes félicitations aux vôtres et prendre ma part de la joie commune.

— Mon enfant, répliqua l’abbé d’un ton pénétré et en faisant un effort sur lui-même, je ne dois pas te cacher que je suis chargé d’une pénible mission. J’ignore quelle faute tu as pu commettre… mais ta présence dans ce palais n’est plus possible. J’ai même reçu l’ordre de te dire qu’il fallait aujourd’hui même te chercher un logement, mais comme tu es malade, je prends sur moi d’obtenir quelques jours de répit. Du reste, continua l’abbé, visiblement soulagé, son excellence ne te retire aucun de ses bienfaits. Tu conserveras la pension viagère qu’il a placée sur ta tête, et avec cela, per Bacco ! tu pourras encore vivre da gentiluomo.

— Merci, mon cher maître, de votre intervention, répondit Lorenzo en se précipitant hors de son lit. Je ne suis pas assez malade