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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/694

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firent voile sur le théâtre de la pêche. Les Anglais les découvrirent, les attaquèrent, et les dépouillèrent de leur butin. Un bâtiment monté moitié par des matelots hollandais, moitié par des Anglais, fut pris et conduit en Angleterre avec dix-huit ou dix-neuf baleines. Une protestation véhémente s’éleva contre l’injuste prétention de l’Angleterre, qui s’arrogeait le monopole de ces régions inhabitées [1].

On connaît assez maintenant le caractère néerlandais pour savoir que le fond de ce caractère est la persévérance, surtout dans les entreprises commerciales. En 1614, les principales villes et les ports de mer des Provinces-Unies s’organisèrent en une ligue puissante qui pût défier l’opposition de la Grande-Bretagne Le centre de cette ligue fut établi à Amsterdam. Une compagnie de riches marchands sollicita et obtint des états-généraux le droit dépêche pour trois années sur toutes les mers situées entre la Nouvelle-Zemble et le détroit de Davis. Cette concession excluait des mêmes parages tous les autres vaisseaux néerlandais étrangers à la compagnie. Encouragée par la protection de l’état, cette société enrôla des harponneurs de la Biscaye ; puis, afin d’assurer la sécurité de ses vaisseaux, elle les appuya par quatre navires de guerre, armés chacun de trente canons. Cela formait une flotte de dix-huit voiles. Devant un tel déploiement de forces, les Anglais, qui avaient seulement alors dans ces mers treize grands navires et deux pinasses, laissèrent les Hollandais se livrer tranquillement à la pêche de la baleine. On pouvait croire que la Grande-Bretagne avait renoncé à ses prétentions : il n’en était rien. Au bout de deux ou trois années, durant lesquelles les Hollandais se maintinrent sur ces mers par la supériorité du nombre, la jalousie de l’Angleterre éclata de nouveau : des marins zélandais furent dépouillés encore une fois du fruit de leur pêche, et virent leurs munitions de guerre saisies par le vice-amiral de la flotte britannique. Ce nouvel outrage ne fit qu’affermir la résolution des Provinces-Unies. Décidés à vaincre sur ce point l’opposition de l’Angleterre et à continuer un commerce dont ils entrevoyaient les avantages nationaux, les Hollandais redoublèrent d’efforts. Exaspérés par la confiscation de leur huile, de leurs

  1. Les Anglais s’appuyaient, pour revendiquer l’occupation de ces mers, sur la découverte du Spitzberg, qu’ils attribuaient à un de leurs marins, Hugh Willoughby, lequel aurait le premier abordé sur cette plage en 1553. Cette découverte, ajoutaient-ils, avait été i’origine de l’établissement de la pêche. Il est bien vrai que la pêche de la baleine se lie à la connaissance du Spitzberg ; mais il est aujourd’hui bien avéré que la découverte attribuée à Willoughby est due aux Hollandais. La prétention de la Grande-Bretagne reposait donc sur une erreur et sur une injustice. Il ne faut pourtant point juger trop sévèrement la conduite des Anglais en cette occasion : les principes du droit international étaient alors si peu fixés, que les premiers occupans s’arrogeaient partout et sans façon le monopole des mers nouvellement ouvertes.