Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/693

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


pas la science géographique. Si les Hollandais d’ailleurs ne rencontrèrent point dans ces mers sinistres et mystérieuses ce qu’ils y cherchaient, c’est-à-dire un passage vers la Chine, ils y trouvèrent ce qu’ils n’y cherchaient pas, la baleine.

L’origine de la pêche de la baleine se rattache aux premières de couvertes des navigateurs hollandais dans les mers du Nord. Témoins des ébats de ces grands animaux dans ces vastes solitudes d’eau et de glace, ils virent leurs récits accueillis par les divers peuples maritimes avec une curiosité mêlée de convoitise. La Hollande, qui avait frayé la voie, n’entra pas tout de suite dans les bénéfices de l’exploitation. Il parait que la pêche de la baleine fut, aux XIIe, XIIIe et XIVe siècles, dans la main des Basques. Les pêcheurs basques poursuivaient ces grands animaux, moins grands pourtant que la baleine des mers arctiques, dans la baie de Biscaye et sur les côtes du midi de la France. Cette guerre avait d’ailleurs fini par la même cause qui a amené l’extinction de la pêche de la baleine dans plusieurs autres parages, — l’absence de l’ennemi. Les pêcheurs hollandais apprirent des pêcheurs basques l’art de harponner la baleine et la manière d’en tirer l’huile. La première fois que des navires de pêche néerlandais apparurent dans les mers du Groenland, ce fut en 1612. Ils étaient au nombre de deux : l’un venait d’Amsterdam, et l’autre de Saardam ; ils semblaient armés pour la chasse du morse, vulgairement appelé cheval de mer. Ces deux vaisseaux trouvèrent les eaux, ou pour mieux dire les glaces, occupées par les Anglais, qui, jaloux d’établir un certain droit de priorité sur la pêche, défendaient aux autres nations, et surtout aux Hollandais, de leur faire concurrence. Cette rivalité de la Grande-Bretagne et de la Néerlande est un fait aussi ancien que l’histoire des deux nations. Il est curieux de voir ce grand pays, l’Angleterre, rencontrer alors devant chacun de ses pas sur le globe ce petit peuple hollandais, qui le suit, le devance quelquefois, et soutient vaillamment la lutte dans toutes les entreprises qui peuvent accroître la prospérité nationale [1]. Les pêcheurs anglais obligèrent cette fois les pêcheurs hollandais de s’en retourner chez eux, les menaçant de saisir leurs navires et leurs cargaisons, s’ils avaient jamais la témérité de reparaître dans ces mers. Les deux vaisseaux hollandais, n’étant point de force à braver cette menace, se retirèrent ; mais la marine néerlandaise n’accepta point la défense qui lui était faite par l’Angleterre. L’année suivante (1613), cinq ou six bâtimens, dont quatre armés pour la chasse de la baleine, partis d’Amsterdam et des autres ports de la Hollande,

  1. On trouve les traces de cet antagonisme dans toute l’histoire du XVIe et du XVIIe siècle, mais surtout dans les faits suivans : la colonisation de l’Amérique, la circumnavigation du globe, le commerce avec la Russie et avec les Indes-Orientales.