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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/653

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pas pénétré dans le temple, ne valent pas une pensée morale vive ment exprimée.

La fable imaginée par M. Ponsard est d’une telle simplicité, qu’elle ne peut exciter une curiosité bien vive. On dirait que la pièce tout entière a été écrite sur un scénario tracé par quelque faiseur, qui pouvait devenir opéra, mélodrame ou comédie. Il n’y a dans la succession des scènes rien de nécessaire, c’est-à-dire, en d’autres termes, que la volonté du poète n’a pas l’air d’intervenir. Les acteurs s’agitent, vont et viennent, mais n’ont pas de rôle obligé. Ils pourraient se mouvoir autrement sans étonner personne. Or, toutes les fois que les spectateurs imaginent pour les acteurs une conduite différente de celle qui leur est assignée par l’auteur, c’est un grave symptôme. Quand la composition d’un ouvrage dramatique relève d’une volonté énergique et prudente, quand la prévoyance et la réflexion ont préparé les incidens que le poète met en œuvre, l’auditoire ne songe pas à refaire la fable qui se déroule devant lui. Jusqu’à présent, il est vrai, M. Ponsard ne s’était pas signalé par une grande fertilité d’invention. Soutenu par l’histoire dans Lucrèce, dans Agnès de Méranie, dans Charlotte Corday, par Homère dans Ulysse, il avait mis en œuvre ce qui s’offrait à lui sans jamais tenter les hardies aventures. Dans sa comédie nouvelle, il s’est attaché à ne pas imaginer un seul incident qui ne fût déjà connu du public. Pour ceux qui ont fait de la littérature dramatique une industrie régulière comme la métallurgie, qui ont réduit la pratique de cette industrie à des formules précises et n’abandonnent rien au hasard, c’est sans doute une preuve d’habileté. Je crains que le public ne soit d’un autre avis. S’il est bon de ne pas effaroucher l’auditoire par des incidens trop nouveaux, il ne faut pourtant pas répéter en vers ce qui a été dit en prose plus de cent fois. Je ne crois pas la comédie dépossédée par le journal, comme je l’entends souvent dire autour de moi. Les pensées qui se produisent chaque matin, qui se répandent dans la foule, offrent des élémens de comédie sans être la comédie même. Toutes les fois qu’une imagination puissante voudra s’emparer de ces élémens, les combiner, les animer, elle enfantera des œuvres qui auront tout l’attrait de la nouveauté. M. Ponsard n’a rien inventé, rien rajeuni, rien renouvelé. Tout ce que nous voyons dans sa comédie, nous l’avons déjà vu ; tout ce que nous entendons, nous l’avons entendu. Il s’est dit évidemment avant de prendre la plume : A quoi bon inventer ? C’est un métier périlleux. Je me contenterai des idées qui circulent parmi la foule ; j’assortirai des rimes, je couperai en hémistiches les sentimens qui se débitent chaque jour, et le public n’en demandera pas davantage. Il y a dans ce petit monologue une part de vérité. Ce n’est pas le