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Le marché ferme est l’opération qui consiste à acheter ou à vendre une valeur dont la livraison contre espèces doit avoir lieu à l’époque de la liquidation. Trois cas peuvent se présenter dans cette opération : 1° le vendeur a les titres de la valeur vendue, et l’acheteur l’argent nécessaire pour la payer ; dans ce cas, la livraison des titres contre espèces a lieu au terme et aux prix convenus ; 2° le vendeur n’a pas les titres, tandis que l’acheteur a l’argent ; dans ce cas, le vendeur a fait ce que l’on appelle une vente à découvert, dans l’espoir que le prix de la valeur baisserait et qu’il pourrait la racheter, avant la liquidation, au-dessous du prix auquel il l’a lui-même vendue, et bénéficier de la différence. S’il s’est trompé dans son calcul, si la valeur, au lieu de baisser, monte, le vendeur à découvert est obligé de perdre une différence, ou, s’il veut continuer son opération, d’emprunter les titres qu’il doit livrer en liquidation à son acheteur, si celui-ci en exige la livraison. 3° Le vendeur a les titres, c’est l’acheteur qui n’a pas l’argent. Si celui-ci, qui comptait sur la hausse et espérait réaliser à son profit une différence, s’est trompé ; si, au moment de la liquidation, la valeur qu’il avait achetée à terme a baissé au lieu de monter, et si, comptant encore sur la hausse, il veut, au lieu de réaliser sa perte, conserver sa position jusqu’à la liquidation prochaine, il est dans la nécessité d’emprunter de l’argent pour payer les titres qui lui sont livrés ; il se fait reporter en payant un intérêt. Ainsi, le moment de la liquidation venu, ou les opérations à terme deviennent des opérations au comptant, et se liquident par les livraisons de valeurs contre espèces, ou elles s’ajournent jusqu’à la prochaine liquidation, soit au moyen du déport, redevance payée au titre, si les titres sont demandés et rares, soit au moyen du report, redevance payée à l’argent, si, les titres étant offerts et abondans, c’est l’argent au contraire qui, relativement aux titres, est rare et demandé.


Le marché à prime est une opération dans laquelle l’acheteur se réserve le droit d’annuler son marché à une époque fixée d’avance, moyennant l’abandon, au profit du vendeur, d’une indemnité appelée prime. C’est Law qui naturalisa chez nous cette combinaison, en achetant au pair, à six mois de date et avec une prime de 30 à 40 pour 100, des actions de sa compagnie d’Occident, lorsqu’elles perdaient encore moitié. La prime se calcule sur l’unité de l’intérêt pour les rentes, sur l’unité de l’action pour les autres valeurs. Les primes sont ordinairement de 50 centimes, 1 franc, 2 francs pour les rentes, de 10 francs et de 20 francs pour les actions. Dans le langage de la bourse française, acheter à prime, dont 50 ou dont 1, 1,500 francs de rente 3 pour 100, signifie que l’on paiera en prime