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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/58

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le siège en longueur, en occupant par ses charmes le cœur de Valdez, qui commandait en chef l’armée espagnole. Voici un fait plus sérieux. Retenu par une maladie, le prince d’Orange n’avait pu se porter en personne devant les murs de Leyde. Il était à Delft, et à peine rétabli, il assistait au prêche dans une des églises de la ville, quand on vint lui apprendre l’heureuse nouvelle de la levée du siège. Il fit passer le message au prédicateur, qui en donna lecture à haute voix. Les larmes tombèrent de tous les yeux avec des actions de grâce. Quoique la peste fît encore des victimes dans cette malheureuse cité de Leyde, le Taciturne n’hésita point à s’y rendre. Entouré par les habitans, qui oubliaient leurs maux en voyant dans cet homme le rempart vivant de la liberté reconquise, il leur demanda ce qu’ils préféraient, ou l’exemption de certains impôts, ou la fondation d’une université protestante. Les citoyens de Leyde ne balancèrent pas dans leur choix. « Une université ! » tel fut le cri général.

Cette académie fut érigée le 9 février 1575. Une grande idée politique protégeait alors une telle institution, qui allait donner un centre au mouvement intellectuel de la réformation batave. Ce n’était pas tout que de fonder par les armes l’indépendance matérielle des Provinces-Unies, il fallait encore constituer une nationalité morale. L’université de Leyde était destinée à combattre l’influence de l’université catholique de Louvain. Les professeurs entraient pleinement dans l’idée du Taciturne, qui était de greffer la liberté civile et politique sur une nouvelle forme religieuse. Janus Douza, qui avait si vaillamment défendu la ville de Leyde contre les Espagnols, fut nommé premier curateur de l’université. L’inauguration de l’académie protestante eut lieu avec toute la pompe qui était alors en usage pour de semblables solennités. Comme ces processions et ces cérémonies allégoriques se célèbrent encore dans la ville de Leyde, il convient peut-être de retracer les principaux traits d’une fête qui appartient à l’histoire. Le cortège s’avança de la maison de ville vers le siège de l’université. Une femme en robe blanche, montée sur un char, représentait l’Écriture sainte. Autour d’elle marchaient à pied les quatre évangélistes, Matthieu, Marc, Luc et Jean. La Justice suivait, tenant d’une main le glaive, de l’autre la balance ; puis la Médecine, portant un livre et des herbes, avec Hippocrate, Galien, Dioscoride et Théophraste, qui se groupaient sur ses pas. Minerve s’avançait à son tour, une lance dans la main droite, dans la main gauche un bouclier avec la fameuse tête de Méduse ; à ses côtés, on voyait Platon, Aristote, Cicéron, Virgile. Derrière ces figures symboliques se montraient les professeurs. Le cortège, en approchant de l’académie, rencontra un navire, souvenir du siège. Dans ce navire se tenaient Apollon et les neuf sœurs : Apollon jouait du luth, les Muses