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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/570

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politique bien entendu, — se lit dans toute l’étendue de l’Union ; mais elle n’exerce pas à l’égard de la presse des autres états la même influence que la presse de Paris sur la presse des départemens, ou que la presse de Londres sur la presse des comtés. En France et en Angleterre, il n’y a pour toute la nation qu’une seule presse, parce qu’il n’y a qu’un seul gouvernement. En Amérique, il n’en est pas ainsi : chaque état a son gouvernement, qu’il est occupé à se former incessamment, ses institutions, qu’il altère, modifie, arrange à son gré, ses intérêts, qui diffèrent de ceux des états voisins. Ces différences, qui, vues de loin, ne paraissent que des nuances, suffisent cependant à établir une séparation assez grande pour que nul état n’ait le droit de parler au nom d’un autre. À ces différences, sans importance au point de vue de l’Union, joignez les différences d’institutions dans le nord et dans le sud, — à l’excessive décentralisation américaine ajoutez les distances à parcourir, et vous comprendrez pourquoi la presse américaine a ce caractère provincial, et pourquoi la domination d’une capitale est impossible. Les journaux de New-York ne peuvent parler aussi franchement de l’esclavage que les journaux de Richmond ; les journaux de Boston ne sont pas placés aussi convenablement que les journaux de San-Francisco pour parler au nom des intérêts californiens. La presse américaine est donc, comme le véritable pouvoir politique américain, locale, provinciale plutôt que nationale, — et quant à la presse de New-York, la seule qui soit lue dans toute l’étendue de l’Union, elle représente dans le gouvernement de l’opinion publique ce que représentent dans le gouvernement politique de l’Union le président et le congrès, c’est-à-dire qu’elle n’exerce qu’une influence générale, indirecte, presque abstraite, si l’on peut ainsi parler. La presse de New-York est la seule presse fédérale, nous n’osons dire nationale.

Pourquoi donc la ville de New-York, la ville mercantile et cosmopolite, jouit-elle de ce privilège plutôt que d’autres villes plus lettrées, plus cultivées, et à qui reviendrait de droit le gouvernement de l’opinion, si la fortune se tournait toujours du côté des plus dignes, — plutôt par exemple que Boston, la ville des unitaires et des philosophes, l’Athènes du Nouveau-Monde, comme l’appellent orgueilleusement les Américains ? Il semblerait que le droit de porter la parole devrait naturellement appartenir à ce petit état du Massachusetts, celui où l’amour de la vérité et de la justice est le moins souillé de l’alliage des passions vulgaires et des intérêts grossiers. À cette question, qui se présente tout naturellement à l’esprit, la réponse est facile, et cette réponse prouve une fois de plus que le pou voir n’appartient pas toujours à l’intelligence pure, qu’il ne lui appartient même jamais, et qu’il passe naturellement du côté de la