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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/523

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temps de leur existence embryonnaire [1]. Malheureusement Eschricht n’avait pu étudier que des animaux conservés dans l’alcool, et il laissa à deux naturalistes, l’un allemand, l’autre anglais, l’honneur d’éclaircir à fond cette curieuse histoire, si longtemps traitée de fable. Grâce la MM. Krohn [2] et Huxley [3]), nous savons aujourd’hui que chez les biphores il y a alternance non-seulement de forme et d’état, mais aussi de façon de se reproduire. Les biphores agrégés sont à la fois mâles et femelles ; ils pondent seuls des œufs d’où sortent des biphores isolés. Ceux-ci sont neutres, et produisent par gemmation interne seulement des biphores agrégés. C’est un œuf de papillon produisant une chenille d’où sortirait une brochette de papillons soudés les uns aux autres et voltigeant sans pouvoir se séparer. Ici encore il n’y a pas, à proprement parler, de strobiles, et nous n’avons qu’une génération de scolex dont chacun engendre directement des proglottis qui restent unis pour la vie [4].

Nous devons le répéter ici, Peyssonel, Trembley, Bonnet et Chamisso lui-même ne pouvaient comprendre toute la portée de leurs découvertes. Leurs observations avaient été recueillies sur des animaux placés trop loin les uns des autres pour qu’ils pussent soupçonner des relations dont rien jusque-là n’avait même donné l’idée. Ces observations étaient d’ailleurs trop isolées, et faute d’un nombre suffisant de termes de comparaison, il était impossible de reconnaître le phénomène essentiel au milieu de circonstances qui, pour être les plus apparentes, n’en étaient pas moins accessoires. La science moderne pouvait seule aborder le problème, et déjà le lecteur a dû reconnaître que ces modes de reproduction, en apparence si dissemblables, ont tous un trait commun. Ici, comme nous l’avons dit plus haut ; toujours un germe unique, renfermé dans un seul œuf, engendre plusieurs individus, plusieurs générations. Les découvertes qui ont établi la généralité de ce fait remontent à quelques années seulement. Elles embrassent les divers groupes des animaux inférieurs, et marquent dans l’histoire de la question qui nous occupe, une époque nouvelle, qui doit être examinée à part.


A. DE QUATREFAGES.

  1. Anatomisk-Physiologiske Undersoegelser over Salperne, 1841. Je ne connais ce travail que par les divers extraits qu’en ont donnés d’autres auteurs.
  2. Mémoire sur la Génération et le Développement des biphores, 1846, Annales des, Sciences naturelles.
  3. Observations upon the Anatomy and Physiology of Salpa and Pyrosoma, 1861, Philosophical Transactions.
  4. Eschricht avait déjà constaté que les salpas-chaînes germent sur une sorte de stolon placé à l’intérieur du corps des salpas isolés. À la rigueur, on pourrait considérer ce stolon comme une espèce de strobila produit par gemmation interne, et restant caché dans le scolex.