Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/493

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Présenté aux Tuileries et secondé par un personnage allié aux deux familles impériale et royale, il parvint à dissiper, s’il en restait, les nuages qu’avait pu laisser le souvenir de 1812. La mission du général Canrobert, au commencement de novembre 1855, eut pour objet de s’assurer des dispositions générales de la nation suédoise et d’achever enfin à Stockholm, dans la prévision commune alors aux trois puissances d’une prochaine et vigoureuse campagne dans la Baltique, l’alliance depuis si longtemps projetée. Ainsi fut conclu le traité du 21 novembre, duquel il ne faut pas séparer la circulaire suédoise du 18 décembre, explicative du traité, et qui en donne la véritable signification.

On a dit qu’à la nouvelle du traité conclu par la Suède avec les puissances occidentales, on avait agité à Saint-Pétersbourg l’avis d’y répondre immédiatement par la guerre, et qu’à ce propos le général de Berg, chargé du gouvernement de la Finlande, avait déclaré qu’il lui fallait avant tout trente mille Russes pour surveiller et contenir au besoin les troupes finlandaises. Ce qui est plus facile à croire, c’est que le traité du 21 novembre a réellement exercé une influence sur les résolutions de l’empereur de Russie, et l’a décidément incliné vers la paix. Ce traité en effet n’était autre chose que le premier signe d’une défection générale des états secondaires. De plus, la Suède devenait menaçante par elle-même. ; Les querelles pour le Finmark n’étaient qu’un prétexte ; le vrai motif du traité était bien la volonté de ne plus rester sous l’influence dominatrice de la Russie, et de saisir même l’occasion offerte de reprendre ce qu’on avait perdu. Tous les plans étaient préparés pour la descente en Finlande. Le roi Oscar devait y passer lui-même. C’était une guerre sérieuse jusqu’aux portes de Saint-Pétersbourg. Ce que le texte public du traité n’exprimait pas, la circulaire du 18 décembre le laissait assez comprendre. « Nos appréhensions pour l’avenir, y disait-on, n’ont pu que s’accroître par la manifestation des idées d’empiétement de la Russie en Orient. » Ces paroles instituaient à bon droit une solidarité entre la question ottomane et la question Scandinave, et par là rendaient à celle-ci toute sa gravité. Il est bien permis de croire que l’empereur Alexandre II a pris en effet le traité suédois en sérieuse considération. — Il aurait poursuivi certainement la guerre, a-t-il dit à Moscou, « si la voix de nations voisines ne s’était prononcée contre la politique russe de ces dernières années. »

Que l’acte du 21 novembre ait exercé ou non sur l’issue de la guerre une si grande influence, il est certain que la Suède a montré à l’Allemagne quel était son devoir, au lieu de suivre son fâcheux exemple. Menacée la première, la Suède s’est déclarée pour nous presque au début de la guerre, et nous l’aurions eue en ligne aussi