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Bernadotte, et l’entourait étroitement par le mariage du duc de Leuchtenberg, fils du prince Eugène et beau-frère du prince Oscar, avec une grande-duchesse, — par un traité de commerce, par des visites réciproques, par celle de Nicolas lui-même, qui vint à Stockholm en 1838. La venue du prince Menchikof en 1834 avait été comme le présage de toutes ces actives démarches. Le prince avait fait son entrée dans la capitale de la Suède au bruit d’une incroyable canonnade, pendant qu’un général suédois allait à Saint-Pétersbourg assister aux fêtes qui se célébraient en mémoire des événemens de 1813, au pied d’un monument dont la première pierre avait été apportée de Pultava, et dont les bronzes avaient été fondus avec les canons de Svéaborg. Pendant son séjour d’une semaine à Stockholm, le prince Menchikof, au milieu d’une perpétuelle ovation préparée par les autorités suédoises, avait visité arsenaux et casernes, et fait exercer devant lui les compagnies d’élite ; il était parti édifié et bien instruit.

Le premier et le plus inévitable des dangers que l’alliance avec la Russie faisait peser sur la tête de Bernadotte, c’était de préparer une scission profonde entre la nation suédoise et lui. En 1812, il est vrai, les Suédois l’avaient suivi, malgré leur répugnance, contre les armées françaises, et le succès avait répondu à son audace ; mais à présent ce n’était plus la tyrannique volonté de Napoléon qu’il s’agissait de combattre : la France avait repris possession d’elle-même, et c’était bien à la nation française, non pas seulement à ses chefs, qu’on s’attaquerait. D’ailleurs, en dépit des victoires de 1813, la haine contre la Russie était toujours aussi ardente parmi les Suédois. Bernadotte en put juger par cent témoignages. La guerre de Pologne excita dès 1831 dans les principales villes de Suède des sympathies qui s’exprimèrent hautement ; on compta sur une insurrection de la Finlande ; le personnel de la légation russe fut insulté dans les rues de Stockholm. Tout à coup, au milieu de cette agitation populaire, voilà que s’imprime et paraît un recueil de lettres et de pièces inédites concernant les négociations de 1809, et parmi lesquelles le public peut lire un éloquent rapport sur la paix conclue après la perte de la Finlande. « L’empereur Alexandre, disait l’auteur, a mérité de la part des Suédois une haine implacable… Le dangereux voisinage du despotisme russe exercera une influence directe sur la politique de la Suède aussi longtemps que la France, occupée d’autres soins, ne portera pas ses regards vers le nord de l’Europe… Toutefois ne désespérons pas de l’avenir. La Suède reprendra des forces contre les menées secrètes et contre les attaques ouvertes de la Russie. Un jour, des rives du Niémen, des frontières de la Pologne régénérée, les armées victorieuses de la France se presseront sur le territoire moscovite. Alors enfin l’heure sera venue