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est de passer à travers toutes les théories, de concilier autant que possible l’intérêt de la consommation universelle et l’intérêt de la production nationale, de diminuer les tarifs sans cesser d’étendre une protection suffisante sur l’industrie française, et ce système de réformes lentes, graduelles, est peut-être la seule solution pratique de tous ces grands problèmes sur le libre-échange et la protection. Le corps législatif est entré dans la voie qu’on lui ouvrait en votant la loi, et l’expérience fera plus sans doute que toutes les discussions théoriques, ou du moins elle servira à les éclairer, à les rectifier, à les tempérer dans ce qu’elles ont d’absolu.

Deux autres actes législatifs sont à noter. L’un est un projet, présenté également au corps législatif, qui confère à l’empereur le droit d’accorder à de grands fonctionnaires de l’état ou à leurs veuves des pensions qui n’excéderont pas vingt mille francs. Jusqu’ici, ces pensions étaient décernées par une loi spéciale soumise au vote des chambres. L’autre acte est un sénatus-consulte sur la liste civile et la dotation de la couronne. D’après le nouveau sénatus-consulte, l’administrateur de la dotation de la couronne a seul qualité pour procéder en justice dans les instances relatives à la propriété des biens faisant partie de cette dotation. Il a seul qualité également pour consentir les actes relatifs aux échanges du domaine de la couronne, de même que pour consentir les expropriations, recevoir les indemnités, sous la condition de faire emploi de ces indemnités soit en immeubles, soit en rentes sur l’état, mais sans que le débiteur soit tenu de surveiller le remploi. Il y a au moment présent un fait qui n’est pas moins remarquable. On sait à quel point se sont développées toutes les entreprises industrielles. Ces entreprises ont dû vraisemblablement prendre un caractère plus dangereux et plus compromettant que profitable, car le gouvernement est intervenu pour manifester son improbation de toute immixtion de fonctionnaires publics dans ce genre d’affaires, et depuis lors les désaveux infligés aux compagnies industrielles se succèdent. On dit même que le gouvernement est décidé à adopter des mesures pour imposer aux compagnies des obligations plus étroites, qui leur assureront plus d’autorité en leur donnant un caractère plus sérieux. C’est le symptôme d’une maladie de la société contemporaine qui peut se guérir par des lois sans doute, mais surtout aussi par la discipline morale, par l’assainissement des âmes et des esprits.

Quand les lettres, quand l’histoire, la poésie, la philosophie, au milieu des affaires et des diversions d’un temps, n’auraient d’autre avantage que de montrer les hommes agités d’instincts plus élevés, de pensées supérieures aux intérêts vulgaires et matériels, elles y trouveraient encore leur puissance et leur lustre, elles seraient la dignité et la force d’une société. L’histoire représente les hommes à l’œuvre dans le passé comme dans le présent ; la philosophie exprime le travail de leur raison ; la poésie reflète la vie mystérieuse des imaginations. L’histoire surtout, la véritable histoire, a le mérite d’être encore de la politique, une politique dégagée des passions et des versatilités des contemporains. C’est un livre toujours ouvert, où tout le monde ne lit pas, il est vrai, mais où les esprits éminens savent aller chercher le secret des hommes et des choses. Ainsi fait M. Guizot dans cette sévère et éloquente composition sur le protectorat de Richard Cromwell et le