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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/431

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des représentons les plus glorieux, un des interprètes les plus habiles de l’imagination française, sans pourtant ajouter foi à son infaillibilité. S’il n’avait pas conquis par son talent une autorité évidente pour les plus incrédules, nous aurions pu, dans l’examen des Contemplations, négliger les pièces qui chatouillent les sens et ne peuvent se comparer aux compositions païennes, qui mettent le désir à la place de la passion sans exprimer une véritable ardeur ; mais il s’agit d’un maître qui a rangé sous sa discipline une foule nombreuse et dévouée. Si, lorsqu’il se trompe, personne ne lui dît qu’il s’est trompé, bien d’autres après lui s’engageront dans la même voie. Si la puérilité de la Coccinelle n’est pas relevée, nous verrons bientôt la libellule célébrée en strophes amoureuses, répondant à son panégyriste aussi finement que la coccinelle. L’auteur des Contemplations exerce une action trop puissante sur les jeunes imaginations pour que nous hésitions à dire toute notre pensée, lorsqu’il nous paraît se fourvoyer. Il y a d’ailleurs dans son nouveau livre assez de pages à louer pour nous dispenser de toute réticence. Il a trouvé pour l’expression de la tendresse paternelle1 des accens qui retentiront dans tous les cœurs.

Les affections de famille ont inspiré le poète plus heureusement que la polémique et la philosophie. Une fois revenu sur ce terrain, où il avait trouvé les Feuilles d’Automne, il a repris toute la vigueur, toute la franchise, toute la spontanéité de son talent. Pour tous ceux qui ont salué le premier épanouissement de son génie, c’est un bonheur d’entendre la voix qui les a charmés il y a vingt-quatre ans. Quand il chante les joies et les douleurs du foyer, les vers abondent sur ses lèvres, les images se pressent et s’ordonnent d’elles-mêmes. Dans les hymnes qui s’échappent de sa bouche, il n’y a pas une ligne qui trahisse l’effort de la pensée. La poésie ainsi conçue est un perpétuel enchantement, et la louange ne coûte rien aux esprits les plus sévères. On écoute, on applaudit, on suit d’une oreille attentive tous les développemens d’un sentiment vrai. Pourquoi le poète, qui avait rencontré en 1832 une mine si profonde et si riche, ne l’a-t-il pas fouillée sans relâche, au lieu d’explorer des terres inconnues ? C’est la question que s’adressent les amis sincères de cette puissante imagination, qui auraient voulu la voir demeurer dans le domaine de l’émotion et demander aux cœurs attendris les succès qu’elle a demandés aux esprits étonnés.

Une des plus charmantes pièces du nouveau recueil raconte les visites matinales de la fille aînée du poète. L’ange bien-aimé qu’il a perdu si malheureusement, il y a quelques années, venait chaque jour dans sa chambre avant qu’il ne fût levé. Beauté de visage, vivacité d’intelligence, curiosité de tous les instans, rien ne lui manquait.