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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/368

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apporter un élément tout nouveau dans la discussion ouverte sur les rapports qui unissent les diverses parties de la nature vivante, car si la zoologie recherche en quelque sorte rationnellement le lien qui unit tous les êtres actuels, la paléontologie en poursuit la trace à travers les temps et dans le développement chronologique des faunes. La plus fameuse tentative qui ait été faite pour relier ainsi le passé au présent est due à l’immortel auteur des Recherches sur les animaux fossiles, de l’Anatomie comparée et du Règne animal ; mais les travaux que fit Cuvier sur les débris de faunes éteintes n’ont été entrepris en quelque sorte qu’au point de vue zoologique. De même Geoffroy Saint-Hilaire exposa ses vues paléontologiques à l’appui de sa théorie philosophique de l’unité de plan du règne animal, et Blainville se servit de la paléontologie pour prouver la doctrine de la continuité des êtres. C’est l’illustre de Buch qui le premier tenta de mettre en parallèle évident la classification zoologique des êtres avec leur développement chronologique, observé dans la succession des terrains : cette idée féconde se trouve en germe dans ses travaux sur les ammonites et les brachiopodes. Agassiz s’en est depuis emparé, et ses beaux ouvrages sur les échinodermes et les poissons sont le développement de cette grande notion, sur laquelle nous aurons à revenir avec détail.

Les travaux paléontologiques se sont multipliés avec une telle abondance, qu’il serait difficile de les soumettre ici à un examen détaillé. Il est presque impossible de tracer dans un grand nombre des plus récens une ligne de démarcation tranchée entre ceux qui ne sont, à proprement parler, qu’une partie de la zoologie générale — et ceux qui ont spécialement pour but de fonder la classification des terrains sur les restes fossiles. Ces deux ordres de considérations se mêlent et se marient de plus en plus : on ne pourrait en citer de meilleurs exemples que les travaux de Murchison et de Sedgwick sur les terrains les plus anciens de l’Angleterre, — l’ouvrage fait en commun sur la géologie de la Russie par Murchison, M. de Verneuil et le comte Keyserling, — les savantes études de MM. Barrande, Deshayes, d’Orbighy, Bayle. Je ne parle ni d’un grand nombre de monographies particulières, bornées à des districts souvent très limités et circonscrits, ni des listes de fossiles qui se multiplient chaque jour en tous les points de l’Europe, dans l’Amérique du Nord, et aujourd’hui déjà dans l’Inde et l’Australie.

La science représentée par des travaux si nombreux et si divers est malheureusement en proie à une sorte d’anarchie. Une scission existe en ce moment parmi les paléontologues au sujet de l’extension des espèces animales dans les formations géologiques. Les uns professent qu’une espèce animale est toujours renfermée dans une formation