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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/36

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annonçant que Chamyl persistait dans ses demandes. Les hostilités entre les Russes et les montagnards avaient recommencé. Il fallait attendre un revers de ceux-ci pour reprendre les négociations avec quelque chance de succès. Chamyl ne tarda pas lui-même à quitter le sérail pour attaquer en personne les Russes, et ce départ ne fut point favorable aux prisonnières. Des alimens grossiers, le froid, les privations de toute sorte, vinrent leur révéler la malveillance active de Zaïdète. On était au mois de septembre, et déjà la neige couvrait les montagnes. La cellule des prisonnières était mal close, et une fumée épaisse, s’échappant de la cheminée dès qu’on allumait le feu, en rendait le séjour insupportable. Le palais de Chamyl, pendant que celui-ci guerroyait contre les Russes, ressemblait un peu à une salle d’école en l’absence du maître. Le plus jeune fils de l’iman profitait de ce temps de trêve pour se livrer à toute la fougue de son âge, courant sur les toits, brisant les serrures, ou jetant dans la cour, par manière de divertissement, des tisons enflammés. L’absence de Chamyl dura deux semaines. Il revint enfin, mais son expédition n’avait pas réussi, et l’iman rentra dans son sérail plus sombre que d’habitude. Les espiègleries de son fils furent sévèrement châtiées, et le jeune enfant dut garder les arrêts dans une chambre voisine de celle des prisonnières, puis on l’envoya dans un autre district pour compléter son instruction.

L’austère iman intervint encore dans une autre affaire. Il s’agissait d’un morceau de satin compris parmi quelques cadeaux que les princesses avaient reçus de Géorgie, et qu’elles avaient distribués aux sultanes. Il avait été décidé par Zaïdète que le morceau de satin, destiné à la sultane Aminète, serait de préférence offert aux filles de Chamyl. Aminète n’étant point véritablement sa femme, Chamyl garda le rouleau de satin dans sa chambre, mais en donnant provisoirement gain de cause à Aminète. Les soucis de la guerre n’empêchaient point, on le voit, l’iman d’entrer dans les plus petits détails de l’administration intérieure de sa maison. C’est ainsi qu’il ordonna de faire mettre des carreaux de vitre aux fenêtres de la cellule des prisonnières, et qu’il vint lui-même s’assurer si ses ordres avaient été remplis. Il souleva le couvercle d’une marmite où cuisait leur dîner, et ne trouva que quelques légumes qui nageaient dans une eau saumâtre. Il s’emporta contre Zaïdète, qui avait réduit les captives à cette maigre pitance. Un quart d’heure après, on leur apportait du thé, du sucre du riz et du beurre. Chamyl ne put toutefois continuer longtemps cette enquête sur son intérieur, et d’importantes nouvelles qu’il reçut de Turquie vinrent changer brusquement le cours de ses pensées.

« Les princesses remarquèrent un jour que tous les membres de la famille de Chamyl étaient dans une joie extrême, et Khadjio parcourait la cour en