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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/308

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côté à son billet, par l’intérêt qu’il y attachait, les propriétés de circulation qu’il lui enlevait de l’autre en le soumettant à une échéance déterminée. Cette combinaison fut, quelques années après, reprise dans le même ordre d’idées par M. Isaac Pereire : elle a obtenu plus tard des plagiaires plus bruyans, mais non à coup sûr plus éclairés et plus ingénieux que ses premiers éditeurs.

Cette théorie de l’école du Producteur est doublement défectueuse. La critique du système des banques sur laquelle elle repose n’est point fondée ; la substitution qu’elle propose du billet remboursable à terme et portant intérêt au billet payable à vue ne peut point remplir l’objet atteint par la circulation des billets de banque, et, bien loin d’être un progrès, serait une mesure rétrograde en matière de crédit. Nous n’aurons point de peine à le démontrer.

Et d’abord la critique qui sert de prétexte à ce système manque de base. Elle n’est en effet que l’écho du préjugé superficiel qui attribue aux mesures restrictives des banques la cause des crises commerciales et monétaires. Nous croyons avoir donné dans un article précédent [1], sur le phénomène des crises, des explications suffisantes pour être dispensé d’insister ici sur cette erreur [2]. Les banques n’ont qu’un rôle passif relativement aux crises ; la circulation de leurs billets et la condition du remboursement à vue qui y est attachée sont si peu la cause première de ces perturbations, que lors même qu’elles n’émettraient point de billets et qu’elles ne feraient

  1. ) Livraison du 15 mars, la Banque de France.
  2. Le passage suivant du rapport présenté le 23 avril dernier par M. Isaac Pereire semblerait indiquer qu’il persiste dans cette opinion de l’école du Producteur, qui attribue au système actuel des banques l’aggravation des crises : « Il est certain, dit-il, que si la Banque de France ne devait pas au crédit la plus grande partie des ressources dont elle dispose, et si, à l’apparition de certains phénomènes, comme celui de la diminution de ses comptes courans ou d’un échange plus fréquent et plus rapide de ses billets, elle n’était forcée de réduire plus ou moins brusquement ses avances, les embarras qui résultent des crises se trouveraient considérablement réduits et ne seraient pas augmentés du trouble que doit nécessairement produire la suppression des crédits qui entretiennent le mouvement régulier de la Bourse, des fabriques et du commerce. Ces inconvéniens, en ce qui nous concerne, n’existent pas au même degré. » Cette persistance est d’autant plus extraordinaire, que l’expérience de la dernière crise démontre qu’en restant fidèle aux principes du crédit commercial, c’est-à-dire en élevant le taux de l’intérêt lorsque la situation du marché des capitaux et une exportation métallique extraordinaire le lui prescrivaient, la Banque n’a point réduit brusquement ses avances et a été par conséquent étrangère au trouble que doit nécessairement produire la suppression du crédit. Bien loin de supprimer ses crédits, la Banque, comme le témoigne le chiffre de ses escomptes, les a accrus dans une proportion jusque-là sans exemple. Elle n’a réduit que ses avances au capital fixe (prêts sur actions et obligations) ; mais cette réduction a été plus que compensée par l’augmentation de ses avances au capital de roulement, le seul auquel les banques d’escompte et de circulation soient tenues par leur institution de dispenser le crédit.