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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/287

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acquérir et vendre des effets publics ou des actions industrielles, prêter ou emprunter ces valeurs, soumissionner les emprunts publics, enfin émettre, jusqu’à concurrence du montant des valeurs acquises, des obligations à longue échéance.

« Elle a donc entre les mains les moyens de réunir à tout instant, à des conditions avantageuses, des capitaux considérables. C’est dans le bon usage qu’elle fera de ces capitaux que réside la fécondité de l’institution. En effet, elle peut à volonté commanditer l’industrie, s’intéresser dans des entreprises, s’associer à des opérations à long terme que la constitution de la Banque de France et du Comptoir d’escompte interdit à ces établissemens ; en un mot, elle est libre de ses mouvemens, et peut rendre son action aussi variée que les besoins du crédit commercial. Si, entre les entreprises naissantes, elle sait discerner celles qui portent le cachet de la fécondité ; si, par l’intervention opportune des immenses ressources dont elle dispose, elle permet de conduire à terme et de rendre productives des œuvres qui avorteraient ou languiraient sans elle ; si son concours est l’indice assuré d’une idée utile et d’un projet bien conçu, la société du Crédit mobilier méritera et commandera la confiance publique ; les capitaux disponibles prendront l’habitude de se grouper autour d’elle, et se porteront en foule où son patronage leur servira de garantie. C’est ainsi que, par le pouvoir de l’exemple et par l’autorité qui s’attache à son appui, bien plus que par une aide matérielle, cette société deviendra l’auxiliaire de toutes les pensées d’utilité générale. C’est ainsi qu’elle encouragera puissamment les efforts de l’industrie et stimulera partout l’esprit d’invention. »


Pour se rendre compte de ce que la société de Crédit mobilier apporte de nouveau dans le mécanisme du crédit commanditaire en France, il n’est point inutile sans doute de consulter le programme de ses administrateurs et le rapport ministériel. Ces explications n’ont point cependant une précision suffisante. Loin de là, les rapprochemens que les rédacteurs des deux rapports établissent entre la Banque de France et la société de Crédit mobilier présentent une ambiguïté qui serait de nature à tromperies esprits peu familiarisés avec ces matières sur les rôles distincts de ces deux institutions. Ces rapprochemens soulèvent des questions qu’il faut éclaircir : une banque de commandite remplit-elle des fonctions analogues à celles d’une banque d’escompte ? a-t-on voulu assigner à la société générale de Crédit mobilier, pour la dispensation du crédit commanditaire, un rang analogue à celui que la Banque de France occupe dans la dispensation du crédit commercial ? serait-il prudent de conférer à un établissement unique et privilégié la dispensation et le gouvernement du crédit commanditaire ?

L’analogie que M. Isaac Pereire signale entre les banques d’escompte et les crédits mobiliers ne dépasse pas l’apparence extérieure, et laisse subsister les différences essentielles qui existent