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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/280

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REVUE DES DEUX MONDES.

de deux heures ; j’ai accompli le dessein pour lequel je me suis levé ; j’ai dit par quels motifs je refuse ma confiance au gouvernement actuel ; j’ai déclaré quelle marche je me proposerais de suivre sur les grandes questions d’intérêt public qui divisent l’opinion publique. Je ne saurais répondre à la question que vous me posez : — Quels principes, prévaudront si un gouvernement nouveau vient à se former ? — Mais ce dont je puis répondre, c’est que si les principes que je professe ne prévalent pas, je ne ferai point partie de ce gouvernement. Il se peut qu’en professant mes principes je perde la confiance de quelques personnes qui, par méprise, ont été jusqu’ici disposées à me suivre. Je regretterai profondément cette confiance ; mais j’aime infiniment mieux la perdre que la conserver à un titre faux. Il se peut que les principes que je professe ne puissent être mis en pratique, et qu’un gouvernement qui le tenterait ne trouve pas dans la chambre des communes l’appui nécessaire. Pourtant je ne les abandonnerai pas, je ne chercherai pas à compenser la perte de confiance que je pourrai subir d’un côté de la chambre par le moindre effort pour me concilier la faveur de l’autre. Je persévérerai dans la conduite que j’ai tenue depuis l’adoption du bill de réforme, content du pouvoir réel que je ne cesserai pas d’exercer, indifférent, en ce qui me touche moi-même, au pouvoir officiel, prêt à m’en charger si on me le demande, quelles qu’en soient les difficultés, refusant de l’accepter à des conditions incompatibles avec mon honneur personnel, et dédaignant de le posséder au même titre que ceux qui l’exercent aujourd’hui. »

Le vote de non-confiance dans le cabinet whig fut rejeté encore ce jour-là à une majorité de 21 voix ; mais le coup était porté : dans la session suivante, le 27 mai 1841, le même vote, proposé par sir Robert Peel lui-même, fut adopté par 312 voix contre 311. Le cabinet, décidé à épuiser toutes les chances, obtint de la reine la dissolution de la chambre des communes. Les élections le condamnèrent. Ouvert le 24 août 1841, le nouveau parlement, dans le débat de l’adresse, donna, aux conservateurs contre les whigs, 91 voix de majorité. Le 30 août, le cabinet whig remit entre les mains de la reine sa démission, et, trente-deux ans après son entrée dans la chambre des communes, sir Robert Peel, accomplissant l’attente de son père et des compagnons de sa jeunesse, prit effectivement en main le gouvernement de son pays.

Guizot.
(La seconde partie au n° du 15 juin.)