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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/268

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REVUE DES DEUX MONDES.

dans les débats un avis positif, une vaste et exacte connaissance des faits, cette éloquence tempérée qui réussit à convaincre sans se faire passionnément admirer, et cette autorité peu expansive, mais sûre d’elle-même, qui conquiert la confiance quand même elle n’entraîne pas la sympathie. Il ne se renfermait point dans les principes absolus des vieux tories ni dans les prérogatives extrêmes du pouvoir, il ne repoussait point toute innovation : il se montrait au contraire préoccupé de l’état nouveau de la société et de la nécessité de lui donner les satisfactions morales et les prospérités matérielles auxquelles elle aspirait ; mais il défendait résolument, contre toute atteinte directe ou indirecte, la propriété publique ou privée, les droits et les lois en vigueur, la couronne, l’église, toutes les bases de l’ordre social et de l’ordre national, inscrivant hautement sur son drapeau cette maxime qu’à tout prendre les institutions de l’Angleterre étaient bonnes, la société anglaise bien réglée, et que toute innovation, plutôt suspecte, à ce titre, que favorable, était tenue de subir de fortes épreuves de discussion et de temps avant de se faire admettre aux dépens du régime établi. « Je repousse le scrutin secret, disait-il, parce qu’il rendrait cette chambre plus démocratique qu’elle n’est déjà, et je la crois assez démocratique, aussi démocratique que le comportent les principes de notre constitution et le maintien de la juste autorité des autres branches de la législature. On dit que le scrutin secret annulerait l’influence de la propriété foncière. J’affirme que, si l’influence de la propriété foncière était annulée, la sécurité de toute propriété et la stabilité de tout gouvernement disparaîtraient en même temps. Il est absurde de dire qu’un homme qui possède dix mille livres sterling de revenu ne doit pas avoir, dans la législature du pays, plus d’influence que celui qui ne possède qu’un revenu de dix livres. Pourtant l’un et l’autre ne votent qu’une fois. Comment cette injustice, cette inégalité choquante peut-elle être redressée sinon par l’exercice de l’influence ? Comment le gouvernement éviterait-il de tomber dans la démocratie pure si l’influence n’appartenait qu’au nombre ? J’ai aussi, contre le scrutin secret, une autre raison : après le grand changement fait l’an dernier dans notre système électoral, un autre changement non moins grave serait un acte de déraison. N’y aura-t-il donc, dans ce système, plus de fixité ? Ne nous laissera-t-on pas le temps de juger les effets du changement déjà accompli ? Tant que je n’aurai pas de fortes preuves de quelque vice dans le système aujourd’hui en vigueur, je m’opposerai à tout changement nouveau. Par cette continuelle série d’expériences sur nos institutions, nous renversons l’un des plus solides appuis du gouvernement, nous tarissons l’une des plus pures sources du pouvoir légitime, car nous détruisons le res-