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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/263

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SIR ROBERT PEEL.

dont on poursuivait le triomphe en fomentant parmi le peuple les idées, les passions, les pratiques révolutionnaires : « Notre jugement est troublé par ce qui vient de se passer chez nos voisins… J’admets que leur résistance à un exercice illégal de l’autorité a été juste ; mais considérez quels effets a sur la prospérité nationale, sur l’industrie, sur le bonheur des familles, la résistance populaire, même juste… Ne vous laissez pas entraîner par cette excitation momentanée ; ne la prenez pas pour votre seul guide. Tout ce que je vous demande, c’est du temps pour délibérer sur une question si grave… Quand le peuple anglais reprendra son ferme bon sens, il vous reprochera d’avoir sacrifié la constitution du pays au désir d’exploiter une explosion de sentimens populaires… Vous n’ajoutez pas à l’édifice social une construction nouvelle pour satisfaire aux progrès de ceux qui l’habitent ; vous renversez l’ancien édifice pour lui en substituer un nouveau… Je combattrai ce bill jusqu’au bout, parce que je le crois fatal à notre heureuse forme de gouvernement mixte, fatal à l’autorité de la chambre des lords, fatal à cet esprit de suite et de prudence qui a valu à l’Angleterre la confiance du monde, fatal à ces habitudes, à ces pratiques de gouvernement qui, en protégeant efficacement la propriété et la liberté des personnes, ont donné au pouvoir exécutif de l’état une vigueur inconnue à tout autre temps et dans tout autre pays… Aucun intérêt personnel ne dicte ma conduite, je n’ai point de bourg à défendre ; je n’ai contracté aucune obligation envers les possesseurs de l’influence que cette mesure veut détruire… Je demande qu’on ne me range point parmi les hommes qui tentent de déprécier les classes moyennes de la société dans notre patrie ; je suis moi-même issu de ces classes et fier de leur appartenir. Et bien loin de faire peu de cas de leur intelligence et de leur influence, je vous dis, à vous qui parlez sans cesse d’en appeler au peuple, que si ces classes moyennes ne montraient pas plus de prudence, de jugement et de modération que leurs gouvernans, je désespérerais des destinées de mon pays… Si le bill proposé par les ministres est adopté, il introduira parmi nous la pire et la plus vile sorte de despotisme, le despotisme des démagogues, le despotisme du journalisme, ce despotisme qui a poussé des contrées voisines naguère heureuses et florissantes sur le bord de l’abîme. »

Ce n’était pas dans le seul parti tory que fermentaient ces alarmes ; l’un des hommes les plus éclairés et les plus considérés de l’Angleterre, whig de principes et spectateur aussi désintéressé qu’attentif de ce grand débat, m’écrivait le 4 mai 1831 : « Le cours des choses humaines pousse depuis longtemps les nations de l’Europe occidentale vers la démocratie ; c’est le fruit de la diffusion des richesses et des lumières ; mais je ne vois pas pourquoi il était nécessaire d’ac-