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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/259

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SIR ROBERT PEEL.

réformes moins grandes et moins difficiles, et qui furent pourtant très contestées. Il fit substituer à la prohibition absolue des blés étrangers le système de l’échelle mobile, c’est-à-dire d’un droit variable sur les grains importés du dehors, selon le prix des grains à l’intérieur. Il établit dans Londres et aux environs ce régime de surveillance et de police municipale qui est maintenant adopté dans presque toutes les villes d’Angleterre.

En accomplissant la première de ces réformes, et quoiqu’elle fût un pas dans les voies de la liberté commerciale, il ne prévoyait guère sans doute jusqu’où elle le conduirait un jour, car il eût probablement apporté dans ses paroles un peu plus de réserve qu’il ne le faisait en disant : « Dans l’état actuel de notre société, à raison de l’immense capital employé à la culture du sol, et aussi par égard pour d’autres intérêts publics, la chambre ne peut appliquer en cette matière aucun principe abstrait et rigoureux. Il y a d’ailleurs de grands faits qu’il faut prendre en considération. Dans une monarchie limitée comme celle-ci, il importe de soutenir les intérêts qui soutiennent si puissamment le gouvernement et l’état. Je serais désolé d’acheter une réduction dans le prix du pain au risque de faire tort à ces intérêts fondés et en possession qui sont essentiels à la sûreté de l’ordre social. » Contraints d’agir et de parler tous les jours, les plus prudens ministres ne réussissent pas toujours à ne rien faire et à ne rien dire qui ne convienne également aux besoins du présent et aux chances de l’avenir.

Malgré son utilité évidente, le bill qui établissait la nouvelle police municipale rencontra, parmi les aveugles adorateurs du passé, une fougueuse opposition. Un cabinet militaire voulait, disait-on, introduire en Angleterre la police despotique des états du continent, avec son espionnage domestique. Des journaux accrédités se lamentèrent de voir l’ancien régime des hommes du guet (watchmen) impitoyablement aboli. Une adresse fut présentée au roi George IV pour le conjurer d’ouvrir les yeux, d’invoquer le nom de l’Éternel et de rallier autour de lui son peuple, car un complot était formé pour renverser la maison de Hanovre et porter au trône le duc de Wellington, à l’aide des catholiques irlandais qui s’enrôleraient dans la nouvelle police. Les peuples ont tour à tour des terreurs et des espérances également puériles et folles.

Tout réussissait au cabinet : il gagnait de grandes batailles parlementaires, il accomplissait de grandes réformes sociales, et pourtant, au lieu de se fortifier, il s’affaiblissait ; il ne triomphait qu’à l’aide de ses anciens adversaires ; il perdait, en triomphant, une partie de ses anciens amis. L’hésitation et la confusion pénétraient dans ces puissans partis politiques, si longtemps disciplinés et fidèles sous leur