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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/160

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la création des castes : « Au commencement, comme Brahma, dont la méditation est la vérité, désirait créer le monde, alors s’élancèrent de sa bouche des êtres spécialement doués de la qualité de la bonté ; d’autres sortirent de son sein, pénétrés de la qualité de la passion ; d’autres de ses cuisses, dans lesquels la passion et les ténèbres dominaient, et d’autres de ses pieds, dans lesquels êtres les ténèbres prévalaient. Ce furent dans leur ordre successif les êtres des quatre castes[1]. »

Les pourânas, qui se répètent les uns les autres, en ce qui touche au dogme, avec de légères variantes avec cette différence surtout que la supériorité sur les autres dieux est attribuée à celui qui donne son nom à chacun de ces poèmes, les pourânas sont d’accord sur la création des castes. Ainsi dans le Matsya-Pourâna on lit : « Et Varnadéva (Civa), qui est le bienheureux, créa de sa bouche les deux-fois nés[2]. » Dans le système de la triade, Civa n’est rien moins qu’un créateur, puisqu’il est chargé de la destruction des mondes ; mais ne demandons point aux pourânas la logique ni la déduction rationnelle des idées. Vichnou, étant à son tour le dieu qui conserve ; le dieu qui s’incarne pour sauver l’humanité en péril, ne peut pas non plus avoir créé les mondes ni les castes : cependant la création des castes par Vichnou se trouve mentionnée en termes précis dans la Bhagavadguitâ, le plus mystique et le plus mélancolique de tous les textes sacrés de l’Inde. Au moment où Krichna, incarnation de Vichnou, conduisant le char d’Ardjouna, son disciple préféré et son ami de cœur, lui explique le dogme de l’inutilité des œuvres, qui est la base du djoguisme (c’est-à-dire de l’union intime avec la Divinité par la méditation), ces paroles orthodoxes sortent de sa bouche : « L’ensemble des quatre castes a été créé par moi avec les qualités et les devoirs qui concernent chacune en particulier. »

Toutes les sectes sont donc d’accord pour admettre et proclamer la distinction des castes. Le bouddhisme lui-même, qui reconnaissait l’égalité des hommes en les déclarant tous aptes à se fondre dans le grand tout, le bouddhisme, qui n’avait point l’orgueil de la nationalité ni le mépris des étrangers, n’attaque jamais ce principe, si contraire à sa doctrine. Nous en avons une preuve dans un passage de l’Introduction à l’Histoire du Bouddhisme indien[3], de ce livre

  1. Vichnou-Pourâna, traduction de M. le professeur Wilson, p. 44.
  2. C’est-à-dire les brahmanes, ainsi nommés parce qu’ils ont été régénérés par l’investiture du cordon sacré dans une cérémonie qui est en quelque sorte un baptême. Les trois premières castes ont droit de recevoir l’investiture, mais l’usage a consacré le mot de deux-fois-nés comme synonyme de brahmane, quoiqu’il puisse s’appliquer au kchattrya et au vaïçya.
  3. Page 138 et aussi page 144.