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encore par un double décime de guerre, a été inefficace. Et quand on le pourrait, le devrait-on ? L’agriculture n’y trouverait aucun profit, car il viendrait nécessairement un point où la hausse sur les laines s’arrêterait d’elle-même, faute d’acheteurs. Une diminution de moitié dans la quantité des matières premières amènerait la ruine des fabriques, et l’agriculture ne pourrait qu’y perdre. Même au point de vue de la production indigène, il est heureux que les chambres de la restauration n’aient pas pu fermer la porte aux laines étrangères. La consommation, limitée par la production, n’aurait pas pu prendre l’essor qu’elle a pris. À son tour, la production n’aurait pas reçu l’encouragement d’une consommation supérieure, elle n’aurait pas marché comme elle a marché ; la demande excède toujours l’offre, ce qui est la meilleure des conditions pour les producteurs. Si les laines étrangères arrivaient en telle abondance que le prix des laines indigènes baissât, ce serait différent ; mais pour la laine comme pour tout il y a un prix de revient, à l’étranger comme en France, qui ne permet pas de la donner à tout prix et de la produire à volonté. Bien avant nous, l’Angleterre a ouvert ses portes aux laines étrangères ; l’importation y est beaucoup plus considérable que chez nous, puisqu’elle arrive à 50 millions de kilos, et la production, indigène, n’y fait que s’accroître. Je pourrais dire, à propos de cet exemple, que, quand même la laine française baisserait de quelques centimes, nous en serions quittes pour faire un peu plus de viande et un peu moins de laine : je n’ai pas besoin de cet argument, puisque je ne crois pas à une baisse ; je ne le dédaignerai pourtant pas tout à fait. Les Anglais font beaucoup plus de viande que nous, mais comme ils ont beaucoup plus d’animaux de forte taille, ils ne font pas moins de laine. Seulement ils se préoccupent moins de la finesse, et ils ont raison. Quand la finesse peut être obtenue sans nuire à la santé, à la rusticité des animaux, à la quantité et à la qualité de leur chair, rien de mieux ; mais le contraire arrive le plus souvent. C’est à l’éleveur de faire son compte et de voir ce qui lui profite le plus. Sous ce rapport, il y a un avantage réel à ce que le prix de la laine, et surtout de la laine fine, ne soit pas trop haut. L’éleveur se tourne alors plus naturellement vers la viande, qui est en définitive un besoin supérieur, puisqu’elle peut moins se transporter. La recherche de la viande a d’ailleurs ce mérite, qu’elle ramène à la laine par une voie détournée et qu’elle en accroît, sinon la qualité, du moins la quantité, tandis que la laine très fine s’obtient en général aux dépens de la taille, de la vigueur, de la précocité, de la bonne conformation pour la boucherie. Nous pouvons donc avoir plus de profit à acheter de la laine très fine qu’à en faire, tout en augmentant considérablement notre production en laines