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Les prix sont comme les liquides, ils tendent vers leur niveau. Croit-on qu’en 1849, quand le blé était tombé si bas, il fût entré plus de grains si l’importation eût été libre, et que dans les années suivantes, où les prix ont monté si haut, il en fût sorti davantage quand même l’exportation n’eût pas été interdite ? L’échelle mobile a fermé les portes dans les deux cas à une importation et à une exportation également chimériques. Elle a pour unique effet de nuire au commerce qui manque de base solide pour établir ses calculs. Rien n’est plus incertain que le jeu de ce mécanisme tout arbitraire ; les zones peuvent être inexactement limitées, les marchés régulateurs mal choisis, les mercuriales fausses et incomplètes ; dans tous les cas, les résultats ne sont connus qu’un mois après qu’ils se sont produits, et, dans l’intervalle de temps nécessaire pour préparer des ventes et des achats, tout peut être bouleversé.

Le commerce a besoin de conditions plus simples et plus sûres. Il faut, pour qu’il remplisse son office, qu’il puisse vendre dès que le prix s’élève et acheter dès qu’il baisse, sans attendre l’autorisation du Moniteur ; il faut qu’il puisse prévoir l’avenir d’après l’état du marché sans avoir à se préoccuper de combinaisons étrangères. Si l’importation et l’exportation sont permises aujourd’hui qui lui dit qu’elles le seront demain ? Il n’y a rien de fixe, de stable, de permanent, quand à la mobilité naturelle des prix vient s’ajouter la mobilité même du régime légal. Qu’en résulte-t-il ? Que rien n’est organisé pour une action constante et régulière. L’importation et l’exportation agissent par bouffées, elles arrivent quand le mal qu’elles auraient pu prévenir a atteint déjà des proportions funestes, soit pour le producteur, soit pour le consommateur, au lieu de s’élever ou de s’abaisser insensiblement suivant les fluctuations les plus légères. L’Angleterre et la Belgique ont toutes deux essayé de ce mécanisme, toutes deux y ont renoncé. En France même, il est déjà arrivé plusieurs fois qu’on a été obligé de le suspendre, parce qu’on en touchait au doigt les inconvéniens, prélude évident de sa suppression prochaine.

On s’est beaucoup demandé ce que pouvaient fournir de blé au marché général les pays considérés comme exportateurs. Au premier rang figurent les ports de la Baltique et de la Mer-Noire. Dans l’état actuel des choses, combien peuvent-ils vendre de blé au reste de l’Europe ? Quatre ou cinq millions d’hectolitres en temps ordinaire, et le double environ en temps de prix excessifs. Voilà ce que répond l’expérience de ces dix dernières années. La Sicile, l’Égypte, le reste de la Méditerranée, peuvent en donner à peu près autant ; les États-Unis d’Amérique un peu moins, de sorte que l’ensemble des excédans disponibles du monde entier s’élève à 12 ou 15 millions d’hectolitres année commune, portés à 20 ou 25 quand la de-