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Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/104

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supposé ? La réponse dépend de la quantité que l’étranger peut nous fournir au-dessous de ce prix. Il en est du bétail étranger comme du nôtre, on peut nous en vendre une faible quantité à bon marché ; mais cette quantité ne peut être dépassée qu’à la condition que le prix s’élève, et dans l’un comme dans l’autre cas les intérêts légitimes de la consommation peuvent être satisfaits sans porter atteinte à la production nationale.

La valeur totale du bétail français, en bêtes à cornes, moutons et porcs, doit s’élever à deux milliards environ, et la vente annuelle de la viande à un milliard de kilogrammes. Cette estimation, dont les bases remontent déjà à plus de quinze ans, doit être considérée comme un minimum. Pour exercer une influence quelconque sur le prix d’une pareille masse de produits, il faudrait en introduire au moins un cinquième, ou 200 millions de kilos. Il est facile de démontrer que cette introduction est impossible, à moins d’un prix tout à fait monstrueux. Le prix de la viande monte rapidement avec la distance ; on peut s’en convaincre par les différences qui se produisent sur nos propres marchés. Ces différences tendent à s’atténuer par le progrès des communications, mais elles sont toujours sensibles. Le prix de la viande est encore, à Toulouse et à Bayonne, beaucoup moins élevé qu’à Paris. La viande manque d’ailleurs partout dès que la demande s’accroît un peu, et il en résulte un enchérissement général. Le Moniteur nous apprend que sur toutes les grandes places étrangères elle se paie au moins aussi cher qu’à Paris.

Avant la restauration, le droit d’entrée sur les bestiaux étrangers était insignifiant. À l’abri de ce régime, il s’était établi sur nos frontières, notamment sur celles de Suisse et d’Allemagne, un petit commerce tout local, complètement insensible dans le reste du pays. 50,000 bœufs et vaches, 250,000 moutons, 80,000 porcs, valant ensemble 16 millions environ, avaient été importés en 1821 ; c’est contre cette faible introduction qu’on entreprit de se défendre par la loi du 27 juin 1822. Les idées aristocratiques de richesse territoriale avaient alors beaucoup de faveur ; le gouvernement et les chambrés crurent rendre un grand service à la propriété du sol en essayant d’élever par tous les moyens le prix des denrées agricoles, et le droit prohibitif ou réputé tel de 50 francs par tête de bœuf fut adopté. Ce droit a subsisté pendant trente ans ; on peut en apprécier les effets, qui ont été complètement nuls. Quand même on serait parvenu à empêcher toute espèce d’importation, qu’était-ce qu’une valeur de 16 millions de bestiaux pour un pays comme le nôtre, qui en possède cent fois plus ? Et ce n’est pas de cette faible somme qu’il s’est agi réellement. L’importation a diminué après le tarif de 1822, elle ne s’est pas arrêtée ; elle a été en moyenne, pendant ces trente ans, de 25,000 bêtes à cornes, 100,000 moutons et 80,000 porcs, valant