Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1856 - tome 3.djvu/101

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’elle seule sait parfaitement distinguer, et n’écarte que les prétentions illégitimes.

L’agriculture a trois grands produits, les bestiaux, les céréales et les laines, qui paraissent engagés dans la question. Je vais les examiner successivement.

De ces trois denrées, la viande est la plus importante, sinon par elle-même, du moins par l’influence que sa production exerce sur les autres. Non-seulement elle constitue un des plus précieux alimens pour l’homme, un de ceux qui réunissent sous le moindre volume le plus de matières alibiles et qui réparent le plus les forces sans fatiguer les organes ; non-seulement elle suppose le travail, le lait et la laine, qui n’ont pas moins qu’elle de valeur utile, mais sans elle point de fumier, et par conséquent peu de céréales. Tout l’édifice agricole repose sur le bétail ; il n’y a pas de plus grand intérêt pour les peuples. On peut dire sans exagération que les plus riches, les plus puissans, sont ceux qui en ont le plus. Cette production a fait en France de grands progrès, elle a doublé depuis cinquante ans, elle a quadruplé depuis un siècle. Est-ce assez ? Non sans doute, car dans l’état actuel des connaissances agricoles, nous pourrions en faire encore quatre fois plus ; l’Angleterre en est là. Je comprends donc qu’on attache une importance de premier ordre à cette nature de produits. Tout ce qui nuit à la propagation du bétail est un malheur public, tout ce qui la favorise est un bien. Si la libre introduction du bétail étranger devait avoir pour effet de diminuer la quantité ou la qualité du nôtre, je serais le premier à la combattre. Quelle que soit ma conviction sur les avantages de la liberté en général, je ne sais pas résister aux faits, et je reconnais qu’il n’y a pas au monde de principe absolu.

Mais avons-nous ce risque à courir ? Je ne le crois pas. Nous avons vu certains économistes, à l’esprit plus ardent que juste, contester qu’il y eût, en fait de viande, ce qu’on appelle un prix rémunérateur ; ils ont eu tort. Le prix rémunérateur n’est pas une quantité fixe, il varie suivant les circonstances ; mais dans chaque cas déterminé il y en a un. S’il n’est pas atteint, le producteur n’a plus intérêt à produire, et par conséquent ne produit plus. Étant donné un pays quelconque avec l’ensemble de ses conditions économiques, il est possible d’indiquer un certain prix rémunérateur général ; je n’hésiterais pas à fixer ce prix pour la viande nette en France, à un franc le kilogramme sur pied, pris chez le producteur. Il y a dix ans, avant les grandes perturbations soit en baisse, soit en hausse, on pouvait diviser le territoire en trois zones : l’une comprenant le rayon d’approvisionnement de Paris, où le prix d’un franc le kilo était à peu près le cours moyen et régulier ; la seconde, comprenant la bande