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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/991

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PADMAVATI


RECIT DE LA CÔTE de COROMANDEL.




I. – Les Kouravars.


Les poètes de l’Occident sont tous d’accord pour célébrer la mélancolique beauté des soirs d’automne sous nos latitudes tempérées. La douce lumière du crépuscule éclairant la cime des arbres rougis par les premières gelées leur inspire ces chants plaintifs qui nous émeuvent, parce qu’ils répondent aux intimes douleurs de chacun de nous. Le spectacle de la nature silencieuse et calme, qui s’assoupit après avoir livré à l’homme le trésor de ses moissons, n’est-il pas en effet le symbole de la vie humaine si pleine de labeurs et si vite arrivée à son déclin ? En Orient, sous le climat brûlant de l’Inde, loin de se tourner avec attendrissement vers les dernières lueurs du jour, loin d’adresser un adieu mêlé de soupirs à l’année qui finit, c’est le soleil levant, c’est leur été sans fin que les poètes et les brahmanes saluent avec espérance. Là point de ces heures incertaines où les ténèbres reculent lentement devant le jour. Les étoiles pâlissent tout à coup comme des feux qui s’éteignent, et l’astre enflammé s’élance à l’horizon ; la nature surprise s’éveille instantanément à cette immense clarté. À peine le chacal a-t-il cessé de faire entendre ses aboiemens lugubres, que le coucou noir (kokila) lance dans les airs son cri sonore pareil à la voix humaine. À travers l’espace, des myriades d’insectes aux antennes diaprées, des volées de petits oiseaux nuancés des plus vives couleurs, brillent comme des étincelles : la nuit est vaincue, le jour triomphe. Le brahmane, qui