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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/979

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la situation, tout à Varsovie se serait passé en fêtes, et le czar, laissant la politique à ses ministres, n’aurait eu que des complimens et des tendresses pour le cher Fritz.

En Angleterre, l’exposition et le derby ont un peu rejeté dans l’ombre les questions parlementaires. La chambre des communes a été obligée de se compter au milieu même d’une discussion ; il n’y avait plus assez de membres présens. Les membres irlandais ont continué à disputer amendement par amendement le bill des titres ecclésiastiques ; une seconde lecture du bill de l’income-tax dans la chambre des lords a fourni à lord Stanley une nouvelle occasion d’attaquer le ministère, comme s’il était prêt maintenant à le remplacer. Maintenant, à vrai dire, Londres et l’Angleterre ne sont plus qu’à l’exposition et tout à l’exposition ; le palais de cristal défraierait à lui seul vingt chroniques ; il est le rendez-vous de la cour et de la ville, et la fête perpétuelle dont il est le théâtre sert d’occasion au déploiement des magnificences de l’aristocratie britannique. Les levers et les bals de la reine, les réceptions du duc de Wellington, les soirées instructives, les conversazione chez les nobles lords qui, protecteurs des arts et des sciences, montrent à leurs visiteurs les trésors de leurs collections, les banquets où les corporations municipales invitent les étrangers et les traitent solennellement dans leurs vieux hôtels, voilà les nouvelles qui remplissent les journaux anglais. J’oubliais les festins-réclames de l’immortel Soyer ; il est vrai que le Symposium a surtout fasciné des journalistes français qui, par un autre trait de caractère, n’ont plus voulu du tout y avoir dîné, quand ils ont soupçonné qu’ils avaient pris trop au sérieux ce dîner d’ouverture.

Le maréchal de Saldanha est entré à Lisbonne au milieu d’acclamations qui ne sont précisément très honorables pour personne. Il ne faut point juger trop sévèrement des humeurs si différentes de nos humeurs septentrionales et nous choquer par trop de leurs métaphores ou de leur emphase. On dirait que tous ces personnages ont des rôles de capitan. La lettre écrite de Vigo par le comte de Thomar au maréchal Saldanha était pourtant d’un ton plus sensé jusque dans l’amère expression du ressentiment qu’elle trahissait ; elle aura peut-être troublé par les souvenirs qu’elle réveillait le triomphe de Saldanha. Ce triomphe serait complet, s’il n’avait maintenant qu’à humilier le roi Ferdinand et la reine dona Maria, s’il n’avait à se défendre contre ses alliés. Son ministère est en partie composé de progressistes, et, forcé de capituler à chaque instant avec des exigences sans cesse multipliées, il pourrait bien exciter, en penchant trop du côté de la charte de septembre, les mécontentemens que le comte de Thomar avait provoqués en restant exclusivement fidèle à la charte de dom Pedro. Il paraît que déjà beaucoup d’entre ceux qui ont coopéré à la chute du comte de Thomar en sont à s’indigner d’être réduits à partager avec les septembristes. Prendre ou partager est en effet le dernier mot et même le premier de ces révolutions, qui ne songent pas seulement à cacher leur jeu. Les officiers qui se sont prononcés pour l’insurrection s’irritent de voir introduire dans leurs rangs les militaires de l’ancienne junte d’Oporto, que Saldanha, bon gré mal gré, rétablit dans leurs grades. Le premier décret du nouveau ministère a été un décret dictatorial : il a suspendu la loi rendue l’année dernière par les cortès sur le régime de la presse ; il n’y aura plus de loi du tout.