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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/972

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fonctions déléguées, à Paris, au préfet de police. M. Baudin appelle une loi de terreur cette loi que tout Paris serait bien fâché de ne point subir, et dont le premier effet sera de préserver Lyon du retour de la véritable terreur qu’ont exercée les ventre-creux et les voraces.

Pendant que les républicains extrêmes croient servir leur cause en plaçant ainsi leur patronage, pendant qu’ils plaident pour les populations émeutières ou pour les émeutiers toujours en révolte jusque dans leur prison, les populations pacifiques envoient à l’envi les unes des autres ces pétitions que nous signalions en commençant. M. Moulin et M. Morin ont demandé, de leur côté, des mesures particulières destinées à faciliter le cours des propositions qui seraient faites au sein du parlement par des membres de l’assemblée concurremment avec les démarches des pétitionnaires. M. Morin a dû renoncer à une modification qui n’avait point assez de chances de succès ; celle que demandait M. Moulin a prévalu dans la séance d’aujourd’hui. Il y aura une commission spéciale de quinze membres qui sera chargée d’examiner toutes les propositions relatives à la révision, et qui devra communiquer son rapport un mois après le dépôt de la première. Aujourd’hui même la première a été remise sur le bureau du président par M. le duc de Broglie. Si de cette affluence combinée de pétitions et de propositions il résulte tôt ou tard un effet salutaire, personne plus que M. de Broglie n’aura de droits à la reconnaissance du pays. La proposition, signée par tous les membres de la réunion des Pyramides a réuni dans l’assemblée de nombreuses adhésions. Elle est ainsi conçue : « Les représentans soussignés, dans le but de remettre à la nation l’entier exercice de sa souveraineté, ont l’honneur de proposer à l’assemblée nationale d’émettre le vœu que la constitution soit révisée. »

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est point sans peine que les choses en sont arrivées jusque-là ; ce n’est point sans jalousie, sans tiraillement, sans amertume. Le bien ne se fait pas facilement. La révision serait une large voie de salut ouverte devant la France, mais les intérêts étroits des coteries ou des factions ne se soucient pas de manœuvrer en un si grand jour. Les uns, en s’expliquant sur ce qu’ils entendent par révision totale, s’y prennent de manière à ne nous tirer d’une extrémité, que pour nous pousser dans une autre, et comme ils sentent que la France ne veut guère tomber dans celle-là, il se pourrait, à ce qu’on assure, qu’ils cherchassent par-dessous main à ne plus avoir de révision du tout, au lieur de cette totale révision, qui n’était au fond qu’une révision très spéciale. Les autres s’épouvantent du danger qu’on fait courir à la légalité, notre seule sauvegarde, en pétitionnant trop activement contre elle ; ils ne demanderaient pas mieux que de la garder telle quelle au service de leurs visées particulières, s’ils osaient seulement la déclarer moins mauvaise. Ils oublient d’expliquer comment on la changera en ne s’en plaignant pas, et comment on aura raison des réfractaires obstinés en se plaignant tout bas, par égard pour leur obstination. Au-dessus de ces rumeurs et de ces contradictions s’est heureusement élevée la ferme et patriotique volonté d’un homme de bien. Lorsque la postérité réglera la part de nos hommes publics, cette part, pour plusieurs d’entre eux, sera certainement brillante. Je doute cependant qu’il y en ait beaucoup dont elle puisse dire qu’ils se seront dévoués au bien de leur pays