Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/900

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LES RECITS


DE


LA MUSE POPULAIRE




LES BOISIERS.




I. – LE BRACONNIER.

Il est surtout trois formes sous lesquelles la création se révèle à nous plus souveraine, la montagne, l’océan, la forêt : de ces trois grands aspects de l’œuvre divine, deux restent à l’abri de toutes les atteintes humaines et immuables dans leur sublimité ; mais la troisième est soumise à la volonté de l’homme. Partout où il s’établit, sa hache fait la place libre. Ces longues chaînes d’ombrages que le travail latent de la terre a mis des siècles à élever comme de verdoyantes montagnes, il les taille, il les entr’ouvre, il les abat à son gré ; aussi la forêt devient-elle chaque jour, dans notre vieux monde, un accident plus rare et par cela même plus curieux.

J’avais traversé les grands taillis et les petites futaies qui parsèment nos provinces de l’ouest, mais il me restait à voir une oasis forestière assez vaste pour renfermer une population spéciale, créer des caractères et des industries. Je me décidai à visiter la forêt du Gavre, enclavée entre le Don et l’Isac, deux des principaux affluens de la Vilaine.