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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/893

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se bornent à les recouvrir d’une sorte de vernis plus ou moins scientifique qui s’efface promptement et reste sans profit pour l’avenir ? L’instruction industrielle manque de sens, si elle n’est pour un enfant un capital susceptible de porter des fruits ; plus on se rapproche des masses, et plus elle doit représenter le pain du lendemain.

Dès qu’on approfondit un peu les programmes de cet enseignement, on est frappé d’une autre circonstance également fâcheuse. L’instruction est à peu près semblable partout. Cette uniformité, qui ne convient même pas aux jeunes gens destinés à remplir une profession industrielle, non comme ouvriers, mais en qualité de chefs d’établissement, est radicalement mauvaise pour les classes laborieuses. Veut-on que l’enseignement soit efficace pour elles, il a besoin de varier dans les différens districts comme les industries qu’on y cultive, d’être approprié au caractère du travail local. Qu’il s’y trouve inévitablement un fonds commun et invariable, cela n’est pas douteux ; mais on doit en outre préparer les esprits et les bras à un emploi probable et déterminé. En se ressemblant partout, l’instruction ne saurait disposer les hommes à être ce qu’ils doivent être. Quelle influence voulez-vous qu’exerce sur les mœurs un enseignement aussi rare, aussi vague, aussi dédaigneux de la réalité ? On ne cherche point à éclairer les masses en vue d’aplanir pour elles les difficultés de la vie laborieuse ; on ne sait pas, en montrant à chacun son état d’un peu haut, préparer la satisfaction des cœurs et guider l’activité de chacun dans la voie où elle pourrait le mieux se déployer, et on se plaint ensuite de la stérilité de ses efforts et de l’insignifiance des résultats moraux obtenus ! A qui la faute ? Sans doute nos habitudes ne se prêtent pas d’elles-mêmes à une influence disciplinaire ; mais, si elles demeurent aussi rebelles à la main qui les veut modérer, il faut bien en accuser un peu l’insuffisance des moyens mis en œuvre. L’instruction professionnelle est, suivant les cas, ou la préparation ou le complément de l’apprentissage ; elle seconde les intentions des parens qui élèvent leurs enfans pour le travail en leur proposant de bons exemples à suivre, et répare quelquefois les fautes de ceux qui n’ont pas su se mettre en position d’accomplir dans l’intérieur de leur famille leurs devoirs sociaux. Le but est atteint quand on a donné à un homme, avec la science de son métier, l’idée et le goût de sa destinée.

Ces vérités-là procèdent si évidemment de la nature des choses, qu’elles resteraient inattaquables, quand même nous supposerions réalisées quelques-unes des utopies sociales écloses dans notre temps. Il est impossible de les méconnaître, à moins de nier que les fonctions doivent être diverses, ce qui serait répudier le bénéfice même de l’association. Chacun doit donc se préparer pour la carrière qui s’ouvre devant lui : c’est l’intérêt de l’homme envisagé isolément, car il n’aurait