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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/886

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du conseil-général de la Meurthe. Les apprentis forment une famille et s’appellent frères. Les infractions au règlement sont jugées par un tribunal composé de tous les apprentis qui ont obtenu un certain nombre de bonnes notes ; la bonne note est votée par tous les élèves. Les peines consistent dans un système de réparations tirées de la nature même de chaque faute. Ainsi, celui qui rompt le silence quand le silence est ordonné, est condamné à le garder quand il est permis de parler. Lorsque deux apprentis se querellent, ils doivent s’embrasser et devenir compagnons de jeu pendant un temps déterminé. Les élèves de cette maison travaillent dans les ateliers qui y sont établis, et se rendent aux écoles communales pour y recevoir l’instruction primaire. À Saint-Étienne, une école des mines est destinée à former des conducteurs gardes-mines, des directeurs d’exploitations et d’usines minéralogiques. Comme l’enseignement y est gratuit, des ouvriers peuvent y venir recevoir l’instruction nécessaire pour l’emploi de garde-mine.

Quelques autres tentatives pour développer, sur divers points de la zone orientale de la France, l’enseignement industriel n’ont pas également réussi. Dans le Doubs, par exemple, une école pratique d’horlogerie avait été fondée, en 1836 ; à Morteau, en vue de conserver et de développer la belle industrie qui fournit au travail, dans cette contrée, un si important, aliment. Durant les loisirs d’hiver, toujours si longs dans les montagnes, les cultivateurs, murés si long-temps chez eux par les neiges, n’ont pas ici d’autres moyens de s’occuper. La ville de Besançon, le département, l’état même, avaient encouragé la fondation de l’école de Morteau, qui paraissait susceptible de prendre un large essor ; mais, diverses causes ayant fait diminuer le nombre des demandes que le commerce adressait aux horlogers du Doubs, l’école, après avoir déjà rendu des services, s’est vue forcée de fermer ses portes. Des institutions analogues n’ont pas pu se maintenir non plus à Dijon et à Mâcon. Peut-être les départemens et les villes auraient-ils dû leur prêter un concours plus libéral. On doit en dire autant d’une école d’un autre genre, pour le montage des métiers, créée à Reims par une société locale, dans laquelle s’étaient déjà formés d’excellens monteurs et tisseurs, et qui a péri faute de ressources financières.

Dans cette même région, sur un des points les plus ignorés du département de la Meurthe, on s’occupe en ce moment de l’exécution d’un projet auquel nous souhaitons de meilleures destinées. Il s’agit d’établir une école spéciale pour une industrie fort modeste, mais à laquelle est lié le sort d’une population assez nombreuse. Au pied des montagnes des Vosges, les habitans de six communes de l’ancien comté de Dabo, réuni à la France seulement en 1801, n’ont d’autres moyens d’existence, avec leurs droits d’usage dans les forêts de l’état, que l’exécution d’ouvrages en bois grossièrement travaillés. Leur industrie héréditaire, étant demeurée absolument immobile, se trouve