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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/870

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On verra dès aujourd’hui, dans le cercle de l’enseignement industriel, se révéler des dispositions propres à calmer les inquiétudes publiques, et qui, à ce titre, ne sauraient trop être mises en évidence.


I

L’idée d’associer dans l’instruction des classes laborieuses un travail manuel à la culture de l’intelligence n’a reçu qu’au rixe siècle une application un peu étendue. Cette idée, qui marque le point de départ de l’enseignement industriel, n’est pas néanmoins particulière à notre époque. Réalisée dès long-temps dans quelques établissemens hospitaliers de l’Italie, elle s’était produite en Angleterre avant même que cette contrée eût étalé aux yeux du monde, avec le spectacle de sa colossale industrie, les problèmes qui s’y rattachent ; mais on n’en avait pas compris la portée politique. Locke publiait au XVIIe siècle un remarquable mémoire sur la question, sans en voir lui-même tous les côtés. Ce qu’il attendait surtout de la création des écoles industrielles, c’était un moyen de diminuer le nombre des pauvres et d’amoindrir, la taxe imposée pour venir à leur secours. Encore devançait-il son temps ; le parlement, saisi d’un bill élaboré par Locke, en qualité de commissaire du bureau du commerce, repoussait l’innovation, parce qu’il n’y trouvait qu’un sujet de nouvelles dépenses. Pitt reprit plus tard ce même projet : sous le rapport pratique, il le développa en homme accoutumé au maniement des affaires ; au point de vue moral, il resta au-dessous du penseur qui en avait eu l’initiative. Le bill de Pitt n’obtint du reste pas plus de succès que la proposition de Locke.

Le gouvernement anglais, depuis cette époque, n’a renouvelé aucune, tentative pour constituer un système d’instruction industrielle. S’il est intervenu dans la question durant ces derniers temps, c’est seulement d’une manière partielle et locale. Il importe toutefois de se rendre compte des actes de cette intervention officielle, afin d’apprécier le véritable caractère des institutions spéciales que possèdent nos voisins. On doit chez eux au gouvernement quelques essais tentés en Irlande, oui la tâche administrative du pouvoir central est plus compliquée qu’en Angleterre ; on lui doit encore une vingtaine d’écoles de dessin industriel, créées successivement dans diverses villes des trois royaumes, sous la direction des lords du comité du commerce au conseil privé. La plus ancienne, celle de Londres, qui date de 1837, est établie dans le vaste et morne palais de Sommerset-House, où siège aussi l’université de la capitale. On y enseigne le dessin d’ornement et le dessin propre aux manufactures. Les autres villes qui possèdent une institution semblable sont : Manchester, Coventry, Leeds, Birmingham, Norwich, Newcastle, Stoke, Hanley, Shelfield, Spitalfields, Huddersfield,