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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/781

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dont les médecins n’usent pas pour eux-mêmes. Et puis les caractères se délabrent aussi bien que les doctrines ; il y a de plus en plus une tendance au médiocre et au vulgaire ; les héros descendent de leurs échasses, et les faux magnifiques se dévoilent sans trop de mauvaise honte. Il n’est qu’une porte par où l’on puisse introduire un air plus salubre dans ce chaos où nous nous débattons, par où l’on puisse arriver à rétablir un peu de calme dans les idées, un peu de dignité dans la conduite : c’est celle qu’on ouvrirait sur un autre avenir en travaillant sincèrement à refondre le pacte politique. Qu’on élève tous les argumens que l’on voudra contre la révision de la constitution ; en est-il un seul qui puisse prévaloir contre le service qu’elle nous rendrait en nous dégageant du gouffre où l’asphyxie nous étouffe ?

Nous avons peu de chose à dire des travaux parlementaires de la quinzaine ; nous ne saurions trouver beaucoup d’intérêt à nous étendre sur l’éloquence de M. Nadaud, qui n’est pas encore président de la république. M. Nadaud veut supprimer le livret des ouvriers, supprimer l’article 1781 du Code civil, relatif aux contestations des maîtres et des domestiques en ce qui touche les gages. M. Nadaud est convaincu qu’il n’y a que de bons serviteurs et que de mauvais maîtres. La société française n’est composée pour lui que d’ilotes rivés à la préfecture de police et d’exploiteurs qui se promènent sur le boulevard en gants jaunes. Cet homme est victime d’un fâcheux mirage. J’ai connu un romancier démocrate qui peignait infailliblement tous les bourgeois comme des monstres, les procureurs du roi comme des tigres, et les sous-préfets comme des abîmes de malice ; que voulez-vous faire à cela ? La question qui a surtout occupé les dernières séances de l’assemblée, la question importante, c’est celle du chemin de fer de l’ouest. La seconde et la troisième lecture se sont succédées rapidement et ont abouti à bien, malgré toutes les peines que certains orateurs se sont données pour les arrêter en route. La loi a été votée hier à la majorité de 436 voix contre 208. L’exécution va marcher dorénavant sans retard ; la concurrence ruineuse des deux chemins de Versailles est ainsi terminée, en même temps que le réseau des lignes de fer qui entourent et approvisionnent Paris s’agrandit encore de cinq ou six des plus riches de nos départemens. Mentionnons enfin la discussion préparatoire engagée dans les bureaux sur les conventions conclues avec la république argentine et avec celle de l’Uruguay. Cette discussion viendra bientôt à la tribune. Nous avons toujours essayé, pour notre part, de lutter contre les préjugés qui ont obscurci ou envenimé cette affaire. Nous ne savons vraiment ce qu’on pourrait répondre aux raisons apportées par M. Dariste en faveur du traité conclu par l’amiral Leprédour ; la grande majorité des commissaires nommés par les bureaux a d’ailleurs voté pour la ratification.

Nous ne terminerons point la chronique intérieure de cette quinzaine sans parler de deux publications qui, à des titres divers, ont frappé l’attention publique. Dans un travail assez considérable intitulé la Chambre des Députés et la. Révolution de février, M., Sauzet, l’ancien président, a voulu montrer qu’au 24 février tout le monde dans la chambre avait fait son devoir ; nul plus que M. Sauzet n’avait le droit de plaider cette cause : c’est à l’opinion de dire s’il l’a gagnée. L’auteur termine son livre par une profession de foi fusioniste. M. Sauzet demande qu’on mette les fleurs de lis sur le drapeau tricolore. Mon Dieu, oui ; la chose n’est pas plus difficile que cela ! Des récits élégans, mais