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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/760

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ne connaissent pas parfaitement. » Après un quart d’heure de marche, il crut être dans la direction du campement, et il se figura qu’il devait le trouver derrière certaines collines de sable ; mais, en arrivant, il ne vit rien. En ce moment, le soleil avait disparu, et les derniers nuages empourprés couraient sur ses traces se plonger dans l’océan. M. Richardson poussa un peu plus loin sa recherche en se disant : « C’est là qu’ils sont campés ; » mais ils n’y étaient pas. Il s’avança davantage en répétant : « Ah ! c’est là qu’ils sont ! » Il fut encore trompé dans son attente. Il poursuivit ainsi sa course incertaine pendant une demi-heure, et tout à coup une pensée traversa son esprit comme un éclair « Suis-je donc égaré ? se dit-il, et faut-il me préparer à passer la nuit sans compagnon dans cette immense solitude ? » Ce n’était encore qu’une contrariété ; M. Richardson éprouva le besoin de s’en dédommager en jetant loin de lui avec colère les échantillons de quartz et de basalte qu’il avait recueillis dans la demeure des esprits. L’obscurité devenait de plus en plus profonde ; le hardi touriste retourna sur ses pas avec le dessein de grimper jusqu’au sommet d’un des rochers, dans l’espérance d’apercevoir les feux du campement. Il erra dans le voisinage, gravissant les monticules de sable, s’élevant sur les branches des arbres, cherchant les plus hautes collines d’où ses regards pussent embrasser un vaste horizon et discerner dans le lointain des signes de vie et de mouvement. Vains efforts, inutile recherche ! aucune lueur ne brillait comme un phare de salut dans l’immensité du désert.

Accablé et presque ivre de fatigue, M. Richardson se vit en proie aux illusions les plus singulières : tantôt il s’imaginait entendre une voix qui l’appelait, tantôt il croyait voir des lumières, tantôt il se figurait apercevoir un voyageur qui, monté sur un dromadaire, était à sa recherche. Cette dernière illusion fut si forte, qu’il appela ce cavalier imaginaire. Chose étrange, quoique l’endroit où il se trouvait fût renommé comme un séjour de fantômes, toutes les visions de M. Richardson lui présentèrent des objets matériels ; son imagination surexcitée n’évoqua aucun être surnaturel : c’était l’occasion ou jamais de voir des rondes de fées et d’esprits dansant aux pâles rayons de la lune ; mais cette occasion, il la laissa complètement échapper. Il entretenait encore le secret espoir qu’on viendrait à sa recherche, et, dans cette prévision, il marchait d’un pas fiévreux sous l’ombre épaisse que projetaient les rochers. Plusieurs heures s’écoulèrent dans ce pénible exercice ; il fit plus d’une excursion dans la plaine, mais inutilement : il ne trouva ni dromadaire, ni Maures, ni esclaves, ni campement, ni lumière, rien qui eût une apparence de mouvement et de vie partout régnaient le silence et l’immobilité. Enfin il sentit ses jambes se dérober sous lui, et il tomba épuisé. Après quelques momens de repos qu’il employa à rassembler ses esprits, M. Richardson se décida à abandonner la recherche du camp jusqu’au lendemain matin ; il se releva : à quelques centaines de pas, un liège solitaire couvrait d’une ombre épaisse le sommet d’un monticule : le voyageur s’y creusa dans une couche ; séculaire de feuilles mortes une espèce de fosse étroite, où il s’étendit comme pour l’éternité.

Le vent d’est s’était levé et gémissait dans les branches du liége ; enveloppé dans son manteau, l’explorateur égaré s’efforça de retrouver un peu de sang-froid. Il n’avait point à craindre l’attaque de bêtes fauves, puisqu’il n’y en a pas dans ces régions ; des êtres plus féroces encore, les bandits du désert, n’erraient