Ouvrir le menu principal

Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/611

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de gouvernement qui s’est fait jour dans toutes les mesures politiques qu’ils ont prises. Cet esprit a présidé à la loi sur l’enseignement, à la conduite de l’expédition de Rome, à la discussion laborieuse de la loi du 31 mai : pourquoi ne présiderait-il pas aujourd’hui à l’œuvre d’une constitution nouvelle ? Une constitution n’est pas un arcane qu’il faille recevoir du ciel ou concevoir par inspiration. Elle se fait comme toute œuvre humaine, avec de la bonne volonté et du bon sens. Le bon sens suffit pour bien juger ce qui est possible, et la bonne volonté pour l’accomplir.

Mais nous savons bien, sans qu’on nous le dise, où est la difficulté véritable. Que fera la constitution nouvelle à l’égard du pouvoir exécutif ? Toute la constitution est là pour certaines personnes, et si, à la place de ce mot abstrait, nous consentions à mettre un nom propre, nous serions encore plus près de la vérité. Le président actuel de la république sera-t-il ou ne sera-t-il pas prolongé dans l’exercice de ses pouvoirs ? Il n’y a pas, aux yeux de beaucoup de gens, d’autre question constitutionnelle que celle-là. La constitution actuelle interdit la réélection du président : c’est là son unique tort pour les uns, c’est aussi son seul mérite pour les autres. Nous connaissons des gens qui trouveraient la constitution excellente, si elle permettait au prince Louis-Napoléon de garder les rênes de l’état ; nous en connaissons d’autres qui dès à présent trouvent qu’elle n’est pas si mauvaise, parce qu’elle proclame à un certain jour la déchéance du prince Louis-Napoléon. Suivant qu’elle satisfait soit un désir, soit une crainte personnelle, la constitution tout entière est glorifiée ou condamnée. Étrange préoccupation dans un pays qui a fait depuis tant d’années la douloureuse expérience de la faiblesse du pouvoir et de l’inanité des hommes ! singulière vertu des souvenirs ! incroyable persistance des habitudes d’une nation ! Vainement dix révolutions ont-elles prouvé que les pouvoirs peuvent très peu de chose pour leur propre défense, encore moins pour la ruine de leurs ennemis : semble toujours à ce pays, si long-temps gouverné d’en haut, que le nom du titulaire du pouvoir est la grande, l’unique affaire qui l’intéresse. À nous voir tous rechercher ou redouter, avec ces terreurs ou ces ambitions passionnées, les insignes du pouvoir exécutif, on dirait toujours que l’autorité de Louis XIV est cachée quelque part dans un coin inconnu de cette société, et que, si nous ne sommes pas les premiers à la découvrir, elle en va sortir pour nous écraser ! Hélas ! il n’y a plus de Louis XIV, il n’y a plus de Napoléon ! Il y a des hommes dont la société se sert ; il n’y en a plus qui la sauvent et qui la dominent. Aussi les grands échauffemens de la presse pour et contre ce qu’on nomme, dans le jargon des partis, la prolongation des pouvoirs, nous semblent-ils parfaitement