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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/565

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LA


VEUVE DE CORRÉ.




À MADAME ALIX M.
AU MANOIR DE KER***


Il est des époques de la vie (et, si court que soit votre passé, peut-être, madame, aurez-vous déjà cette expérience), il est des temps que volontiers on désigne par quelque événement particulier ; on dira : C’est le mois où naquit notre enfant, — l’automne où nôtre sœur s’est mariée, — et l’on retrouve ainsi la date indécise et lointaine. Trop souvent il faut remonter à de tristes souvenirs. Pour moi, je saurai comment dater mon paisible et dernier séjour dans nos campagnes : c’est l’année, dirai-je, où il fut tant parlé de la veuve de Corré, l’hiver où je vis dans un manoir le noble journalier Primel gagnant ses habits de noce ; — scènes touchantes, indiquées par vous, vivante poésie qui m’attira tout d’abord, et que j’essayai, à mesure qu’elle se développait, de saisir dans sa vérité pour un jour, madame, vous en faire hommage.

J’en ai l’espoir, vous qui, heureusement exempte des fausses graces, cherchées ou convenues, aimez nos taillis et nos grèves et savez la langue de la ferme, vous aimerez encore, reproduite, cette simplicité naïve qui brille par elle-même, cette élégante, naturelle et intime de nos mœurs rustiques, enfin cette franchise de forme toujours si belle dans la vie et à laquelle un art idéal et vrai serait glorieux d’atteindre. Mon effort et mon plaisir ont été de m’en rapprocher.

Que cette sœur de Marie et d’Anna Hoël se présente donc sans trop de défiance, même hors de Bretagne et malgré nos troubles, sous la favorable influence du sourire gracieux et jeune qui, dans nos hameaux, la protège.

N’est-ce point d’ailleurs dans les jours mauvais que les bons génies, toujours calmes, doivent nous visiter ?

A. B.