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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/500

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et assurée de la Grande-Bretagne, et bientôt après l’unique représentant du parti anglais s’enfuyait honteusement sur un bâtiment anglais.

Sont venus ensuite ses États-Unis. Si le Yankee est quelque peu brutal en affaires, il a du moins la qualité de ce défaut, la franchise. De sa part, point d’offres insidieuses d’alliance il veut l’annexion et va droit au but. — Vous manquez de bras ? Concédez-nous quelques centaines de lieues carrées à notre choix, parmi les terres les plus riches et les mieux situées de la république, et nous nous chargerons de les peupler d’Américains qui jouiront, bien entendu, dès leur arrivée, de tous les droits politiques et civils. Il est également bien entendu que les marchandises que feront venir les immigrans pour leur usage et les navires consacrés au transport de ces immigrans ne paieront aucune espèce de droits, que les mines que nous découvrirons seront notre entière propriété que les produits de ces mines seront exempts de toute taxe d’exportation, que nous agirons, en un mot, chez vous comme chez nous. — Vous manquez de soldats ? Eh lien ! voilà encore une armée. Nos immigrans formeront, en cas de guerre, un corps spécial, placé sous l’autorité de la république ; nous ne nous réservons que la nomination des officiers. — Vous manquez enfin de vapeurs ? Nous en achèterons deux pour l’usage de la république. Vous nous ferez l’avance du prix d’achat en bons négociables emportant 10 pour 100 d’intérêt ; mais nous vous rembourserons cette avance en trente années (ce qui au taux local de l’intérêt, ferait payer de fait à la république deux ou trois fois le prix d’achat primitif). Pendant ces trente années, lesdits vapeurs (achetés pour l’usage de la république et payés deux ou trois fois par la république) resteront à la disposition de la compagnie de colonisation, qui s’en servira pour le transport de ses immigrans et de ses marchandises ; mais il est bien entendu que la compagnie ne paiera pas le loyer de ces vapeurs. Au contraire, c’est la république qui nous comptera 20,000 piastres par voyage, aller et retour, moyennant, quoi nous nous engageons à transporter à New-York., ses dépêches et ses lettres. Si cependant il arrivait que le gouvernement dominicain eût besoin d’armer en guerre ces vapeurs (qui grace à l’article précédent seraient dix fois à lui en quelques années) la compagnie s’en dessaisirait, moyennant la restitution, la simple restitution des à-compte qu’elle aurait versés jusque-là en remboursement de l’avance à elle faite par le gouvernement dominicain. Item : le gouvernement dominicain devra payer à la compagnie, en bons portant 10 pour 100 d’intérêt, 20 piastres fortes pour chaque immigrant au-dessus de douze ans, et, au-dessous de cet âge, 10 piastres. — Ainsi parle frère Jonathan. En lisant ces propositions, je m’attendais, je l’avoue, à trouver à chaque ligne l’article goguenard que les usuriers de comédie n’épargnent jamais à leur victime ; mais il n’y est question ni du chameau empaillé ni de la dent