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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/492

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« Haïtiens, notre flotte bien armée, bien équipée, bien commandée, avec de nombreuses troupes de débarquement, est sortie pour aller piller vos côtes et intercepter votre marine ; veillez donc de nuit et de jour ; veillez au nord, l’ouest, au sud, chassez vos femmes et vos enfans dans les mornes, abandonnez vos cultures pour faire sentinelle l’arme au bras sur les rochers parie vent et la pluie, et vous trouverez au retour vos cases brûlées. Puisque vous vous laissez imposer la guerre par ceux qui vous gouvernent, il est temps que vous sachiez ce que coûte la guerre.

« Et pourtant vous ne le savez que trop déjà. C’est à la guerre que vous devez l’odieux monopole qui vous épuise, les réquisitions de toute nature, le service militaire exagéré avec les fusillades de Las Matas ; c’est à cause de la guerre que vos enfans souffrent, que vos femmes pleurent, et qu’il n’y a plus nul bien-être chez vous ; c’est par la guerre enfin que tant de malheureux parmi vous sont venus, comme si vous n’aviez pas assez de terrain, chercher un tombeau sur notre territoire.

« Voyez maintenant ce que vous aurez à souffrir du nouveau genre de guerre que nous avons commencé, puisque notre flotte, en interceptant vos caboteurs ajoutera à la misère qui vous dévore la ruine du peu de commerce que le monopole vous avait laisse Si, pour en tirer vengeance, vos gouvernans veulent vous pousser à une nouvelle expédition par terre, dites-leur qu’aujourd’hui, chez nous, administrateurs et administrés nous ne formons plus qu’une seule famille, unis, dans la résolution, non-seulement de nous défende à toute outrance, mais encore d’attaquer l’ennemi ; recommandez aussi à vos gouvernans de prendre bien garde d’éveiller le lion du Seybo.

« Haïtiens, nous pouvions vivre pacifiquement chacun dans nos frontières, échangeant, à notre avantage commun, nos bestiaux et nos tabacs contre vos cafés ; nous pouvions naviguer paisiblement, sans crainte, sur les mers si belles que Dieu nous a données ; ceux qui vous gouvernent n’ont pas voulu nous laisser jouir de ces avantages, et ils ont voulu la guerre ; eh bien ! que les maux de la guerre retombent sur leur tête et sur vous, qui ne savez, pas les contraindre à faire la paix.

« Santo-Domingo, le 16 novembre 1849.

« BUIENAVENTURA BAEZ. »

« Par le président, Le ministre de la guerre,

« J. E. AYBAR. »

C’est clair et net, et c’est surtout vrai. Les côtes haïtiennes sont vulnérables par une infinité de points, et Soulouque en aurait déjà fait l’expérience, si les consuls, dans l’espoir de plus en plus chimérique d’amener le chef noir à conclure la paix, ne retenaient depuis quelque temps les deux flottilles dans leurs ports respectifs. Nous dirons plus : en supposant même qu’une trahison ouvrît à Soulouque les remparts naturels derrière lesquels la nationalité naissante s’est abritée deux fois, il suffirait aux Dominicains de prendre l’offensive par mer pour transposer les rôles. L’escadre haïtienne qui s’élève déjà à une dizaine de bâtimens à vapeur ou à voiles, a sans doute l’avantage