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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/491

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qui s’était jusque-là retranchée dans la défensive, comme pour bien prouver qu’elle voulait l’indépendance et non la domination, a pris une attitude nouvelle. Devant les projets incendiaires de Soulouque, les Dominicains se sont enfin décides a repousser l’agression par l’agression. Les haïtiens ne pourront pas dire d’ailleurs que Baez les prend en traître. Il leur adressait, dès la fin de 1849 la proclamation suivante, et cet échantillon du style diplomatique des Dominicains tranche, par parenthèse, d’une façon assez piquante sur les tendres appels que faisait Soulouque à ses « frères et concitoyens de l’est » en allant promener chez eux l’assassinat et l’incendie.


BUENAVENTURA BAEZ,
président de la république dominicaine, aux Haïtiens

« Haïtiens, le nouveau président de la république Dominicaine s’adresse à vous, au nom de ses concitoyens, dans leur intérêt et dans le vôtre.

« Haïtiens, il y a bientôt six ans qu’en nous séparant de vous, nous avons repris notre indépendance, et, malgré les assurances que l’on vous a données dans des proclamations trompeuses, vous devez être convaincus aujourd’hui que cette séparation est éternelle.

« En restant chacun libres sous nos différentes bannière nous pouvions vivre en bons voisins. Nous vous y avons conviés en vous proposant une paix que réclamaient votre vie, votre repos, vos intérêts mais ceux qui vous gouvernent, ont préféré vous arracher à vos maisons, à vos cultures, pour vous charger d’armes, de munitions, et, après vous avoir fusillés pour vous forcer à venir nous combattre, ils vous ont envoyés vous faire tuer à Azua, à Saint-Yague, à las Carreras. Rappelez-vous vos souffrances dans la dernière campagne que notre brave Santana a terminée d’une manière si glorieuse, et voyez quelle confiance vous pouvez avoir dans les hommes qui vous ont représenté votre cruelle défaite comme une victoire.

« Dans l’espoir que vous imiteriez un jour notre modération, nous ne vous avons jamais attaqués chez vous, nous nous sommes bornés à repousser vos agressions ; mais toute patience s’épuise, et, puisque, vous n’avez pas voulu la paix, supportez donc à votre tour sur vos propriétés, sur vos personnes, tout le poids de la guerre.

« Quand nous voudrons vous attaquer, nous connaissons parfaitement nos avantages et votre faiblesse. Par mer et sur vos rivages, nous pouvons vous faire autant de mal qu’il nous conviendra. Tandis que nous n’avons sur nos côtes que trois villes, Santo-Domingo, Puerto Plata et Samana, villes que leurs forts et leurs murailles mettent hors d’atteinte, vos côtes au contraire sont couvertes d’innombrables habitations bourgs, villages, villes bâties en bois, sans défense et offrant au pillage et à l’incendie une proie vraiment trop facile. Anse-à-Pitre, Sale-Trou, Acquin, les Cayes peuvent vous dire déjà ce que nous saurons faire, et peut-être êtes-vous près de voir se réaliser ce que vous avez annoncé tant de fois sans l’accomplir : vos villes vont disparaître, et la nation ira se réfugier dans les bois.