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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/474

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troubler cette unanimité : un bourgeois essaya de tuer Santana d’un coup de couteau. Des milliers de machetes emprisonnèrent l’assassin qui aurait été haché sur place, s’il n’était parvenu à étreindre M. Juchereau de Saint-Denis, dont le caractère consulaire le protégea, mais qui faillit lui-même être atteint. Santana se contenta de faire expulser ce partisan exagéré de la prépondérance civile.

Santana avait alors quarante-deux ans, il touche par conséquent à la cinquantaine. C’est un homme d’assez haute taille, de ces formes un peu massives qui dénotent l’énergie physique et non l’affaissement. La largeur de son front et du bas de son visage rappelle beaucoup le type aragonais. Ses traits ; où le bistre créole s’ajoute au bistre espagnol, ont l’immobilité du bronze ; son ame est tout entière dans ses yeux, qu’illumine un indéfinissable mélange de spirituelle bonhomie et de vigueur austère. Il porte déjà l’habit de ville avec une certaine élégance ; mais il est resté Seybano par le machete, qui ne le quitte pas. Son costume de tournée est moitié militaire, moitié civil : grosses bottes, veste marron, grandes épaulettes pendantes sur le devant à la danoise et chapeau rond. Cet homme, qui a sauvé deux fois, son pays par un prodige d’audace et de tactique, persiste à se croire un général d’occasion, et il ne prend des insignes de son grade que l’indispensable, comme pour pouvoir s’en débarrasser plus vite le jour où il suppose qu’on n’aura plus besoin de lui. Il est du reste le seul qui prévoie ce jour.


IV. – PRESIDENCE DE SANTANA.

La constitution dominicaine fut promulguée à la fin de 1844. La « sainte Trinité et Dieu » y remplaçaient « l’Etre suprême. » des constitutions de l’ouest. La république adoptait pour devise Dieu, patrie, liberté, et pour armes le livre ouvert des Évangiles surmonté de la croix.

Dans le très court préambule par lequel s’ouvre la constitution, les principes de liberté et d’égalité ne sont énoncés qu’après ceux de sûreté et de propriété, ce qu’on a trop souvent oublié ailleurs. Plus d’une assemblée constituante aurait pu également prendre des leçons de concision dans le titre Ier de la constitution dominicaine, lequel se réduit à cette phrase qui dit tout : « Les Dominicains se constituent en une nation libre, indépendante et souveraine, sous un gouvernement essentiellement civil, républicain populaire représentatif, électif et responsable. »

L’article 7 déclare Dominicains tous les émigrés et descendans d’émigrés qui viendront s’établir dans le pays. L’article 8 déclare aptes à la naturalisation tous les étrangers qui acquerront dans la république