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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/458

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Alton dans la plus terrible douleur. Toute sa vie est révélée dans ses plus intimes détails par le journal charliste. Quel est donc le démon qui a porté aux oreilles d’O’Flyn ces indiscrètes révélations ?

Alton Locke, aveugle par son amour, n’a pas remarque que son cousin George était aimé de Lillian. Le jour où il découvre ce fatal secret, il s’emporte contre George, qui lui répond par des sarcasmes ; lui fait durement sentir sa folie et lui rappelle ce qu’il lui doit. Une main bienfaisante et inconnue, celle d’Éléonore Staunton, devenue lady Lynedale, vient à son secours, et le débarrasse de la reconnaissance qu’il doit à son cousin en payant quelque argent prêté par George à Altan. Le poète revoit une dernière fois Lillian ; c’est son dernier jour de triomphe et de bonheur. Le lendemain, on lui apprend que lord Lynelale est mort d’une chute de cheval, et que toute la maison a quitté Londres subitement. — C’était le 1er juin 1845, dit Alton, et je n’ai revu Lilian que le 10 juin 1848. Oserai-je écrire l’histoire de ma vie entre ces deux dates ?

Une triste histoire en vérité ! Pour se justifier auprès de ses coreligionnaires, qui l’accusent d’aristocratie depuis qu’O’Flyn a révélé le consentement donné par lui à la suppression et à la mutilation de quelques-uns de ses poèmes, Alton assiste à un meeting monstre où ont été convoquées de nombreuses populations agricoles. Les têtes s’échauffent, les paroles s’enflamment ; une émeute naît du meeting, et un incendie des discours chartistes. Le château voisin est pillé, et Alton Locke, emprisonné, est le point de se voir condamné à être pendu, lorsqu’il est sauvé par l’intervention inopinée d’un témoin qui demande à être entendu et justifie Locke des crimes qui lui sont imputés. Alton est condamné à trois années de prison ; mais plus dur que sa captivité est le souvenir de Lillian, qui le poursuit partout. Pendant son procès, il a aperçu, assise sur un des bancs de la salle, la légère et égoïste jeune fille riant et causant avec un jeune homme. En prison, sa fenêtre donne sur une nouvelle église qu’on achève de bâtir, et chaque jour il croit voir entrer les ombres incertaines de Lillian et de George. Sa captivité cesse, et cette figure le poursuit sans cesse au milieu des agitations chartistes et du mouvement politique de 1848. Enfin un jour, le 10 avril, il apprend par Éléonore Staunton, qui est venue le détourner de se jeter dans l’émeute, que George va épouser Lillian : Furieux, il se précipite au milieu de la foule, mais l’émeute échoue, et la mort qu’il cherche lui fait défaut. Un autre jour, ivre de rage et de jalousie, il se glisse dans la maison de George, et surprend les amoureux dans un tendre entretien fréquemment entrecoupé de baisers. Ce spectacle porte à son comble la fureur d’Alton, qui se fait chasser de la maison de son cousin et rentre chez lui avec la fièvre cérébrale, qu’il a gagnée en visitant la demeure infecte du sweater Jemmy Downes.