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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/453

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Crossthwaite, j’informerai certainement la convention de votre langage extraordinaire.

« Faites, mon garçon faites, répond le vieux radical, et dites-leur aussi à ces hommes qui ont chassé *** et *** et tous ceux qui ont osé exprimer un mot de sens commun et d’humanité, qui lapident les prophètes et éteignent l’esprit de Dieu, qui aiment le mensonge, qui pensent amener le règne de l’amour et de la fraternité : avec des piques, des bouteilles de vitriol, avec le meurtre et le blasphème, dites-leur à eux et à tous, ceux qui pensent comme eux qu’un vieillard de quatre-vingts ans, dont les cheveux ont blanchi au service de la cause du peuple, qui s’est assis aux pieds de Cartwright et s’est agenouillé auprès du lit de mort de Robert. Burns, qui a applaudi à Burdett, lorsqu’il alla à la Tour, et qui donna ses maigres épargnes pour payer les amendes de Hunt et de Cobbett, qui contempla le craquement des nations en 93 et qui entendit les premiers cris d’un monde au berceau, qui, lorsqu’il était encore un enfant, vit venir, de loin la liberté et qui se réjouit en la voyant comme devant une fiancée, et qui, pendant soixante pénibles années, l’a suivie à travers les solitudes – Dites-leur que cet homme leur envoie le dernier message qu’il enverra sur cette terre ; dites-leur qu’ils sont les esclaves de tyrans pires que les rois et les prêtres, les esclaves de leurs convoitises et de leurs passions, les esclaves du premier coquin venu à la langue retentissante, du premier charlatan venu qui dorlote leur opinion personnelle ; dites-leur que Dieu les frappera, les fera rentrer dans le néant et les dispersera jusqu’à ce qu’ils se soient repentis, qu’ils se soient fait des cœurs purs et de nobles âmes, et qu’ils aient retenu les leçons qu’il s’efforce de leur donner depuis quelque soixante ans ; dites-leur que la cause du peuple est la cause de celui qui créa le peuple, et que le malheur tombera sur ceux qui prennent les armes du diable pour accomplir l’œuvre de Dieu ! »

N’est-ce pas, ô démagogique populace française, que voilà des accens démocratiques qui vous sont inconnus ? Honnête vieux Mackaye, malheur au royaliste, au conservateur, à l’absolutiste qui ne t’aimerait pas ! Quand bien même. Alton Locke serait un mauvais ouvrage, quand bien même il n’abonderait pas en détails curieux, nous ne regretterions pas de l’avoir lu pour cette simple page, qui nous a fait entendre, par la bouche d’un radical, des paroles humaines, viriles et vibrantes sorties du cœur d’un homme, à la place des sifflemens de vipère, des aboiemens de chien des hurlemens et des glapissemens d’animaux de tout genre que nous entendons chaque matin et qui s’intitulent systèmes démocratiques, premiers-Paris socialistes ; discours humanitaires. Nous avons peine, en vérité, à nous séparer de ce vieux Mackaye, si digne d’avoir été l’ami du grand poète qui écrivit le Samedi soir dans une chaumière. Nous pourrions parler encore long-temps sur lui, car le caractère de Mackaye, ainsi que tous les grands et vrais caractères, est complexe et non pas formé d’une seule pièce, comme les automates systématiques, ces monstres qui n’ont qu’une doctrine,