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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/428

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ce que le Havre est pour Rouen ? Dans notre opinion, c’est la rivière de Châteaulin, où vient déboucher dans la rade de Brest le canal de Bretagne, qu’il faudrait choisir ; mais Indret existe, et la question est réduite à ces termes : Faut-il détruire Indret et transporter sur les bords de la rade de Brest ses ateliers si chèrement construits et sa population ouvrière si péniblement obtenue ? Que la république mesure ses forces : si elle s’en croit capable, qu’elle élève en face de Brest, dans un lieu plus propice, un arsenal à vapeur rival de l’arsenal antique et monumental de la monarchie, nous applaudirons ; toutefois nous ne saurions nous empêcher de faire ressortir les modestes, avantages d’Indret. Indret répond à peu près aux conditions premières et fondamentales que doit remplir un centre de fabrication. Isolé de nos arsenaux, il n’en est pas assez loin cependant pour que le transport de ses produits en grève sérieusement le prix de revient. Par la Loire, Indret reçoit les fontes et les charbons anglais au même prix à peu près que Brest ; par la Haute-Loire aussi, il reçoit à bien meilleur marché que Brest les fontes françaises et les houilles du bassin de Saint-Etienne. Par le canal de Bretagne et par celui d’Ille-et-Rance, Indret peut facilement, en temps de guerre, communiquer avec Lorient, Brest et Cherbourg ; seulement il faut que ces canaux soient alimentés selon leur destination première. L’empire avait eu la pensée de réunir Nantes, Lorient, Brest et Saint-Malo par un réseau de voies navigables connu sous le nom de canal de Bretagne. La restauration exécuta ce projet en 1822, malheureusement dans un excessif esprit d’économie ; on ne pressentait pas alors l’importance du rôle que la vapeur était appelée à remplir dans la navigation. Ce canal ; construit surtout pour porter à nos côtés les produits de la Loire, n’a que des écluses trop étroites pour admettre les bateaux qu’amènent dans ce fleuve les canaux à grande section de la France centrale ; de là un transbordement forcé qui, pour certaines marchandises, telles que la houille, est funeste et ruineux ; peut-être aussi a-t-on trop ménagé l’eau en certains points. Qu’il serait beau à la république de reprendre la pensée de l’empire et de compléter l’œuvre de la restauration !

Indret peut-il suffire à nos ports de l’Océan ? Avec 1,000 ouvriers, il produisait par an une force totale de 1,200 chevaux ; avec 1,200 ouvriers, le chiffre de fabrication s’élèverait presque instantanément à la valeur de 2,000 chevaux, et en donnant aux ateliers toute leur puissance, sans accroître sensiblement l’outillage, on pourrait livrer annuellement jusqu’à 4,000 chevaux de vapeur. Que représentent ces 4,000 chevaux de vapeur dans l’établissement naval de la France ? Aux meilleurs jours de l’ancien gouvernement, avant que la détresse de la république eût réduit nos armemens à l’état minime où nous les voyons, le chiffre total qu’on rêvait pour notre flotte à vapeur était de 30,000 chevaux ; c’est