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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/407

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puissent s’y rendre, pour ainsi dire, comme à la Bourse : qu’importent au spéculateur les difficultés ou les dangers de l’abord ? C’est l’affaire des capitaines de navire ; pour lui, tout au plus y voit-il une question d’assurances. Le port de commerce est maîtrisé par les facilités intérieures, l’arsenal de guerre par les conditions extérieures.

Brest, à l’entrée de la Manche et à la corne du golfe de Gascogne ; . Toulon, qui domine à la fois et le golfe de Lyon et le golfe de Gênes ; Cherbourg, posé sur l’extrême pointe du Cotentin comme notre sentinelle au milieu de la Manche, répondent admirablement aux nécessités primordiales de tout grand port de guerre. De ces trois points, la marine couvre le littoral entier de la France et menace au loin l’ennemi ; c’est sur ces trois points aussi qu’il faut successivement se placer pour juger notre force navale, d’abord sur les côtes de l’Atlantique à Brest et sur celles de la Manche à Cherbourg, puis sur la Méditerranée à Toulon. Enfin, bien qu’indépendant par sa position de ces trois grands centres, l’établissement d’Indret ne doit pas être oublié dans un tableau complet des arsenaux maritimes de la France.


I. - BREST. - CHERBOURG.

L’ancienne province de Bretagne, bornée d’un côté par la Loire, de l’autre, avec une partie de la Normandie, par la Seine, n’a qu’un sol montueux, aride et brusquement accidenté, peu propre aux voies intérieures, sans cours d’eau qui la traverse et lui rende facile l’accès de ces deux grandes artères du commerce national. Le commerce maritime fait la côte de l’Armorique, sombre d’ailleurs et brumeuse, hérissée de dangers et battue par les orages. Entre les atterrages de la Loire et ceux de la Manche, ce n’est qu’à de rares intervalles qu’on voit blanchir une voile à l’horizon ; çà et là seulement, quelques bateaux-pêcheurs glissent à travers les rocs noirs et pointus, soulevés du fond des eaux, ou qui bordent les plages. Sur ce rivage brûlé par les vents du large, au sein d’une atmosphère grisâtre, de cette solitude si profonde de cette nature solennelle et mélancolique, Brest apparaît comme un nid d’aigle sur une côte de fer. Un labyrinthe d’écueils en flanque les abords : la Walkyrie ne hante plus leurs remous écumeux et n’attire plus les navires dans leurs gouffres, des phares nombreux y répandent leur lumière amie ; mais, si exacte que soit la route tracée, par leurs rayons, quand, le matin d’une nuit de tempête, vous voyez mouillé sur la rade un nouveau navire, soyez sûr que plus d’un drame émouvant s’est passé à bord.

On entre dans le port de Brest par un goulet d’une lieue de longueur, large à peine de la moitié, divisé en deux chenaux par une ligne de dangers, les uns cachés sous l’eau, les autres à découvert, et qui s’ouvre