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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/389

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L’échauffourée si ridiculement avortée du 10 avril 1848, le soudain rassemblement des constables volontaires et quinze fois plus nombreux que les apprentis émeutiers, voilà des garanties pour l’avenir. Lord John Russell le disait avec raison au banquet du lord-maire en répondant à ces vagues inquiétudes : « Nous avons été garantis alors, parce que le peuple s’est soulevé non pour creuser, mais pour prévenir le désordre, non pour renverser, mais pour maintenir des institutions nationales et libérales ; le peuple sera toujours prêt à défendre ces institutions !

Il est cependant un côté sérieux dans ce mauvais effet produit par la présence des réfugiés politiques en Angleterre. Il y a quelque chose de scandaleux à voir tant de violences de menaces lancées, contre l’Europe à l’abri de la protection britannique : c’est le dégoût de ce scandale : qui a provoqué récemment les interpellations de lord Lyndhurst, et de M. Stuart Wortley. Le gouvernement a maintenu l’antique principe de l’hospitalité, mais il a promis de veiller sévèrement sur ces hôtes incommodes. Nous voudrions bien que les démagogues ne finissent point par rendre l’hospitalité anglaise trop difficultueuse ; chacun en ce temps-ci peut en avoir besoin.

M. Bravo Murillo vient de dissoudre les cortes espagnoles ; on commence à s’apercevoir que le général Narvaez a quitté l’Espagne ; ses successeurs ; ont eu vraiment trop tôt fini de briser l’union du parti modéré. On donne pour cause principale à l’échec parlementaire de M. Bravo Murillo le discours remarquable dans lequel M. Mon attaquait son projet de règlement de la dette étrangère.

Les conférences de Dresde sont décidément abandonnées par la Prusse, qui reprends le chemin de Francfort, où elle ne voulait plus paraître. La Prusse engage ses alliés à se faire représenter en même temps qu’elle dans cette vieille diète qu’elle refusait si opiniâtrement de reconnaître il y a seulement trois ou quatre mois. Elle espère échapper ainsi à la prépondérance de l’Autriche ; elle voulait jusqu’à présent que tout fût à refaire en Allemagne ; elle se déclare maintenant contente : l’Autriche le sera-t-elle ? L’Autriche, il ne faut pas se le dissimuler, sera plus ou moins arrêtée par cette nouvelle conversion de la Prusse. L’article 7 du pacte fédéral de 1815 donne aux plus petits états une importance qu’on travaillait à leur enlever aux conférences de Dresde : mettre les petits états sous la protection de cet article, en recourant ainsi aux anciennes bases du corps fédéral, c’est entraver beaucoup l’action diplomatique de l’Autriche ou la forcer à user de l’action révolutionnaire. Il n’est pas sans intérêt d’observer que cette récente démarche de la cour de Prusse avait été recommandée d’avance et presque dictée dans la broche dont nous parlions dernièrement ; dans le récit des Conférences de Dresde. Ce n’est pas pour rien qu’on attribuait cette brochure à l’influence ; sinon à la plume de M. de Radovitz, qui est toujours l’ami du roi, bien plus que M. de Manteuffel.

L’auteur anonyme des Conférences de Dresde ne fait pas en effet mystère de son drapeau, il l’arbore dès la première page ; il prend pour devise le mot de M. de Radowitz à Erfurt : Union de la Prusse avec les petits états, avec tous si l’on peut, avec le plus grand nombre si l’on peut encore, avec le moindre nombre si l’on ne peut mieux ; sint omnes, sint multi, sint pauci. Cette union, dans l’idée d’ailleurs fort transparente de M. de Radowitz et de son interprète,