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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/374

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Avec un rythme égal plongeait dans le ruisseau ;
Son œil toute ébloui de ces riches images
Flottait sans se fixer sur les frais paysages.
Elle bénissait Dieu d’avoir fait ce beau jour,
Et mon cœur et mes yeux se remplissaient d’amour,
Et dans votre spectacle, ô nature éternelle,
Je ne voyais, n’aimais et n’admirais plus qu’elle !

Nous allâmes long-temps et tous les deux ainsi,
Elle calme, et moi plein d’un amoureux souci.
Cent fois pour lui parler je suspendis la rame ;
Hélas ! le cher secret qui tourmentait mon ame
Sur ma bouche cent fois vint éclore et mourir,
Cent fois s’est refermé mon cœur prêt à s’ouvrir !
— O paroles d’amour qu’un regard effarouche,
Vous avez reculé sur le seuil de ma bouche !
Au moins si mes renards avaient parlé pour moi,
Si mes frémissemens, mon trouble, mon émoi…
— A ces signes certains, l’amour doit se connaître, -
Mais non… elle rêvait — ou le feignait peut-être.


À LA FLEUR DU BLÉ.


Toi qui t’épanouis sans faste
Dans l’épi barbelé,
Ô fleur laborieuse et chaste,
Petite fleur du blé,

Ce n’est pas pour toi qu’est la gloire
D’embaumer les cheveux
Et de parer le sein d’ivoire
Des belles aux doux yeux.

Tu n’iras pas, fleur bien-aimée,
Paysanne sans art,
Dans une chambre parfumée
Mendier un regard.

Les coupes de marbre et d’agate
Sont pour les bluets bleus
Et pour le pavot écarlate,
Tes voisins paresseux.