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Page:Revue des Deux Mondes - 1851 - tome 10.djvu/372

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C’est là que loin de vous, sans amis, sans maîtresse,
Je vis seul, dans les champs promenant ma paresse.
Mon œil suit les progrès du seigle et du froment ;
J’admire la forêt en artiste, en amant ;
J’y découvre des nids de pinsons et de merles
Au fond desquels les neufs brillent comme des perles ;
Quelquefois je poursuis, tourmenté par un dieu
Une rime qui fuit comme un papillon bleu,
Et j’écoute le soir, errant à l’aventure,
Ce concert infini qui sort de la nature.
Les arbres d’un verger entourent ma maison ;
Des prés, un coteau vert, bornent son horizon.
Ma terrasse domine un chemin plein de pierres
Qu’ombragent des noyers plantés le long des terres.
Là passent chaque soir les enfans du hameau
Qui vont à la rivière abreuver leur troupeau,
Les robustes chevaux ramenant de la plaine
Ou des prés d’alentour une charrette pleine,
La vache aux flancs tigrés, et, suivant la saison,
Les moissonneurs hâlés regagnant leur maison
En portant sur le dos les gerbes des glaneuses,
Des groupes de faucheurs et de brunes faneuses,
Ou de gais vendangeurs enivrés de raisin,
Qui de leurs jeux bruyans troublent l’écho voisin.

Voilà tous mes plaisirs, mes bruits, mes habitudes,
Et rien ne me distrait de mes chères études,
Et pourtant je suis triste, et je ne sais pourquoi
Un vide douloureux déjà se fait en moi.
Ah ! tu ne suffis pas ; ô nature immortelle,
À tarir dans nos cœurs cette plainte éternelle !
Je le sens ; j’ai besoin de revoir mes amis.
Venez, Je vous attends ; vous me l’avez promis l
Quand septembre fera dans nos vignes fécondes,
Sous sa fraîche rosée, enfler les grappes blondes,
Venez, amis. Vos pas réjouiront mon seuil,
Et le maître et les chiens iront vous faire accueil.


LA RIVIERE.


L’autre jour, pour tromper les heures enflammées,
Sur la fraîche rivière, à l’ombre des ramées,